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Le bassin de la rivière Saint-Maurice : contamination des poissons, de l'eau et des sédiments en suspension, 1996

Sommaire

Dans le cadre d’études sur l’état de la rivière Saint-Maurice, le ministère de l’Environnement du Québec a procédé, en 1996, à l’échantillonnage de l’eau, des poissons et des sédiments en suspension de ce cours d’eau. L’eau a été prélevée à huit reprises au cours de l’été et de l’automne 1996, à la hauteur de la prise d’eau de Trois-Rivières, en recourant aux techniques d’échantillonnage à grand volume et à l’analyse en traces. Les échantillons d’eau ont été analysés pour les BPC, les HAP, les dioxines et furanes, le mercure et des paramètres conventionnels de la qualité de l’eau.

Les sédiments en suspension n’ont été échantillonnés qu’une fois, à l’aide de trappes à sédiments, à sept stations d’échantillonnage réparties entre l’amont de La Tuque et Saint-Étienne-des-Grès. Ces échantillons ont été analysés pour les HAP.

Les poissons ont été capturés à sept stations d’échantillonnage réparties entre le réservoir Blanc et Saint-Étienne-des-Grès, ainsi qu’à une station dans l’embouchure de la rivière Shawinigan. Ils ont été analysés pour le mercure, les BPC, les dioxines et furanes chlorés, les pesticides organochlorés, les chlorobenzènes et les acides résiniques.

Les résultats obtenus permettent de dégager le constat suivant :

1. La qualité de l’eau potable de Trois-Rivières n’est pas compromise.

Plusieurs des substances analysées dans le cadre de cette étude ont été décelées dans le Saint-Maurice à la hauteur de la prise d’eau de Trois-Rivières. Cependant, les concentrations mesurées, tant dans l’eau brute du Saint-Maurice que dans l’eau traitée de la municipalité, respectent les critères de qualité pour l’eau potable. Le mercure, ainsi que les BPC, HAP, dioxines et furanes se trouvent donc dans le Saint-Maurice à des concentrations qui ne constituent pas une menace pour la santé publique de la population de Trois-Rivières.

2. Les substances toxiques sont présentes dans le Saint-Maurice en concentrations suffisantes pour en affecter l’écosystème.

À la hauteur de la prise d’eau de Trois-Rivières, les concentrations de mercure, BPC, HAP, dioxines et furanes dans l’eau respectent les critères de qualité pour la protection de la vie aquatique, mais dépassent ceux visant la protection de la faune terrestre piscivore. Cela signifie que les poissons et autres organismes vivant dans l’eau ne devraient pas être affectés par ces substances, mais que les mammifères et les oiseaux qui se nourrissent de poissons peuvent subir les répercussions de la bioaccumulation de ces produits dans la chaîne alimentaire.

3. Les efforts d’assainissement se traduisent par une diminution de la contamination du Saint-Maurice par les substances toxiques.

Les concentrations de dioxines et furanes dans les meuniers noirs (une espèce de poisson) capturés à La Tuque sont passées de 54,8 ng/kg en 1988 à 9,7 ng/kg en 1993 et à 2,57 ng/kg en 1996. Cette diminution est probablement le résultat de changements à la méthode de blanchiment de la pâte et à l’ajout d’un traitement secondaire de l’effluent de la papetière Cartons Saint-Laurent. Il est à noter que des diminutions du même ordre sont observées plus en aval dans le bassin, à Saint-Étienne-des-Grès.

Bien qu’elles soient moins nettes, on constate également des diminutions des teneurs en BPC dans le poisson. À Saint-Étienne-des-Grès par exemple, les teneurs en BPC dans les meuniers noirs sont passées de 38,1 µg/kg en 1989 à 14,3 µg/kg en 1996.

De 1993 à 1996, on constate, chez la même espèce de poisson, d’importantes diminutions des teneurs en acides résiniques. Par exemple, l’acide abiétique est passé de 1 070 à 41 µg/kg en aval de La Tuque et de 705 à < 40 µg/kg à Saint-Étienne-des-Grès. Des diminutions analogues ont été obtenues pour les acides pimarique, isopimarique et déhydroabiétique. Ces améliorations peuvent être attribuées à l’élimination progressive du flottage du bois et au traitement secondaire de l’effluent des industries de pâtes et papiers du bassin.

Cependant, au cours de la même période, on assiste à une certaine augmentation des teneurs en mercure dans le poisson pêché en aval de la papetière de La Tuque. Il y a peut-être aussi une hausse en aval de Grand-Mère, où se trouve une autre usine de pâtes et papiers. Ces hausses, de 25 à 50 % selon l’endroit et l’espèce de poisson, sont présentement inexpliquées. Elles résultent peut-être d’une plus grande biodisponibilité du mercure, à la suite de la diminution des rejets de matière organique dans l’effluent des papetières.

4. Les teneurs en BPC ont diminué dans le bassin du Saint-Maurice, mais n’ont pas encore atteint un niveau suffisamment bas pour être totalement satisfaisantes.

Les teneurs en BPC dans l’eau du Saint-Maurice, au niveau de la prise d’eau de Trois-Rivières, sont de 100 à 275 pg/L. Ces valeurs sont de beaucoup inférieures au critère de 500 000 pg/l de l’EPA des États-Unis pour l’eau potable. Santé Canada n’a pas de critère de qualité pour les BPC dans l’eau potable, jugeant que l’exposition humaine à ces substances, via cette voie, n’est pas suffisamment importante.

Les teneurs en BPC dans l’eau du Saint-Maurice sont tout de même plus élevées que le critère de prévention de la contamination de l’eau et des organismes aquatiques (44 pg/l), qui représente la qualité idéale à atteindre. Elles dépassent aussi parfois le critère de 120 pg/l, visant la protection de la faune terrestre piscivore. Les concentrations de BPC dans l’eau du Saint-Maurice à la hauteur de Trois-Rivières sont du même ordre de grandeur que dans le Saint-Laurent et le Saguenay; elles sont moins élevées que dans l’Outaouais et d’autres tributaires du Saint-Laurent.

Aucune des mesures de BPC dans le poisson du Saint-Maurice ne dépasse la directive de 2 000 µg/kg pour la mise en marché des produits de la pêche. Certaines mesures effectuées dans le meunier noir entier dépassent le critère de 100 µg/kg pour la protection de la faune terrestre piscivore, mais des fréquences et des amplitudes de dépassement plus importantes ont été mesurées dans d’autres cours d’eau. Comme nous l’avons expliqué au point précédent, il semble y avoir diminution des teneurs en BPC dans le poisson du Saint-Maurice.

5. Les teneurs en dioxines et furanes ont aussi diminué dans le Saint-Maurice, sans pour autant avoir atteint un seuil tout à fait satisfaisant.

Les teneurs de dioxines et furanes dans le Saint-Maurice, à la prise d’eau de Trois-Rivières, sont de 0,0016 à 0,196 pg/l en équivalents toxiques de 2,3,7,8-TCDD. En avril 1998, on a mesuré 0,093 pg/l dans l’eau brute et 0,017 pg/l dans l’eau traitée de la municipalité. Ces valeurs sont de beaucoup inférieures au critère de 30 pg/l de l’EPA des États-Unis pour l’eau potable. Comme pour les BPC, Santé Canada n’a pas de critère pour les dioxines et les furanes dans l’eau potable, jugeant que l’exposition humaine à ces substances, via cette voie, n’est pas significative.

Cependant, certaines des mesures de dioxines et furanes dans l’eau brute du Saint-Maurice dépassent les critères représentant la qualité idéale à atteindre. En effet, deux des huit mesures dépassent le critère de prévention de la contamination de l’eau et des organismes aquatiques (0,013 pg/l) et quatre dépassent le critère de protection de la faune terrestre piscivore (0,0031 pg/l).

Comme nous l’avons mentionné au point 4, il y a eu une diminution des teneurs en dioxines et furanes dans le meunier noir entre 1989 et 1996. Cependant, le critère de protection de la faune terrestre piscivore (0,66 ng/kg), qui est respecté en amont de La Tuque, est encore généralement dépassé partout en aval de cette dernière.

6. Le mercure est un contaminant qui demeure problématique dans le bassin du Saint-Maurice.

Les mesures de mercure dans l’eau, près de la prise d’eau de Trois-Rivières, se situent entre 2,58 à 7,00 ng/l, ce qui est de beaucoup inférieur au critère de Santé Canada pour l’eau potable (1 000 ng/l). Cependant, ces valeurs dépassent encore légèrement les critères représentant la qualité idéale visée. Il y a en effet dépassement du critère de protection de la faune terrestre piscivore (1,3 ng/l) et de celui visant la prévention de la contamination de l’eau et des organismes aquatiques (1,8 ng/l).

L’eau du Saint-Maurice se révèle assez lourdement contaminée en mercure en comparaison d’autres cours d’eau pour lesquels ce type de mesure est disponible. Des mesures dans le Saint-Laurent et 23 de ses tributaires démontrent que c’est dans le Saint-Maurice que les concentrations de mercure sont les plus élevées. Dans ce dernier, les teneurs en mercure particulaire sont comparables à celles de grands cours d’eau européens fortement urbanisés et industrialisés, comme la Loire, le Rhin et le Rhône.

Dans la chair du poisson, on constate de nombreux dépassements de la directive de Santé Canada relative à la mise en marché des produits de la pêche (0,5 mg/kg). Cela impose des limites à la quantité de poissons que les pêcheurs sportifs du Saint-Maurice peuvent consommer en toute innocuité. Comme cela a été mentionné précédemment, on observe aussi une certaine augmentation des teneurs en mercure dans le poisson, à certains endroits du bassin.

7. Les teneurs en HAP (hydrocarbures aromatiques polycycliques) dans le Saint-Maurice ne sont pas encore suffisamment basses pour être tout à fait satisfaisantes.

Aucune des mesures de benzo(a) pyrène dans l’eau du Saint-Maurice, près de la prise d’eau de Trois-Rivières, ne dépassait le critère de 10 ng/l établi par Santé Canada pour l’eau potable. Des mesures effectuées en 1998 dans l’eau de la municipalité confirment ce constat.

Pour l’ensemble des HAP potentiellement cancérigènes, les teneurs dans l’eau brute du Saint-Maurice, qui se situent entre 3,01 à 9,32 ng/l, sont plus élevées que le niveau idéalement recherché. En effet, le critère de prévention de la contamination de l’eau et des organismes aquatiques se situe à 2,8 ng/l. Le traitement de l’eau par la municipalité de Trois-Rivières fait cependant chuter les teneurs en deçà de ce seuil : un échantillonnage réalisé en 1998 donnait 18,3 ng/l dans l’eau brute, 0,766 ng/l dans l’eau traitée et 0,748 ng/l dans le réseau de distribution d’eau potable de la municipalité.

Cependant, les teneurs en HAP dans les matières en suspension du Saint-Maurice sont plus élevées que le « seuil d’effets néfastes » des critères de qualité des sédiments, ce qui indique des impacts potentiels sur les organismes benthiques. À Shawinigan et en aval de La Tuque notamment, les concentrations sont nettement plus élevées qu’aux autres stations de mesure.

Finalement, les concentrations de HAP dans l’eau du Saint-Maurice, à la hauteur de Trois-Rivières, sont plus élevées que celles du Saint-Laurent, en dehors du panache de l’effluent de la Communauté urbaine de Montréal.

Référence à citer : Lapierre, L., 2002. Le bassin de la rivière Saint-Maurice : Contamination des poissons, de l’eau et des sédiments en suspension, 1996, Québec, ministère de l’Environnement, Direction du suivi de l’état de l’environnement, envirodoq no ENV/2002/0294, rapport no EA/2002-05, 128 p. et 14 annexes.

Rapport, format PDF, 3 Mo


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