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Communiqués de presse

Québec, le 10 mai 1996 - Le ministre de l'Environnement et de la Faune, M. David Cliche, déposait, le 1er mai dernier, à son homologue du gouvernement fédéral, M. Sergio Marchi, les commentaires et recommandations du gouvernement du Québec sur le projet fédéral de récupération de l'Irving Whale. Il demandait au gouvernement fédéral des réponses claires aux questions soulevées par les données. Dans une lettre datée du 6 mai 1996, le ministre Sergio Marchi réagissait aux questions de M. David Cliche et soulignait que les membres du comité interministériel, formé par le ministre de l'Environnement et de la Faune, étaient invités le lendemain à rencontrer une équipe d'experts fédéraux pour étudier en détail les questions soulevées. Après avoir pris connaissance de la réponse de M. Marchi ainsi que du rapport de la rencontre entre les représentants des ministères fédéral et provincial, M. David Cliche rend publique, aujourd'hui, la lettre qu'il adresse à M. Marchi ainsi que le sommaire de la rencontre tenue le 7 mai dernier entre les représentants des ministères fédéral et provincial.

Québec, le 10 mai 1996

Monsieur Sergio Marchi
Ministre de l'Environnement
Ottawa (Ontario)
K1A 0H3

Monsieur le Ministre,

J'ai bien reçu votre lettre du 6 mai 1996 par laquelle vous réagissiez aux questions que je vous ai posées concernant le projet de renflouage de la barge Irving Whale. J'ai aussi examiné avec beaucoup d'attention le rapport qui m'a été transmis à la suite de la réunion entre nos représentants le 7 mai dernier.

Je constate d'abord que cette rencontre a permis à nos experts de recevoir des informations et des documents additionnels qui ne faisaient pas partie des documents rendus publics. Ces informations et les échanges verbaux que nous avons eus avec vos experts ont apporté des réponses à plusieurs de nos questions.

Je constate également qu'un certain nombre de mesures de suivi et de contrôle technique déjà prévus ou qui seront complétés et mis en place avant la réalisation du projet permettront de vérifier certaines hypothèses de calcul et, le cas échéant, ajuster la procédure de levage pour en tenir compte. Ces éléments dont la nature n'était pas non plus traitée dans les documents consultés permettront de minimiser les risques et de mieux réagir à la situation qui prévaudra au moment du levage.

Je constate avec plaisir qu'à la suite de ces discussions, des mesures préventives seront prises pour contrer toute pression gazeuse qui pourrait survenir à l'intérieur des réservoirs et qui pourrait provoquer des dommages à la coque lors du levage de la barge. De plus, une relation tension-flexion sera établie afin de mieux évaluer le comportement de la structure lors du décollage au moment de l'amorce du renflouage en regard des dommages ayant pu résulter lors de la dépose de celle-ci sur le fond marin. Ces points constituaient deux éléments majeurs de notre questionnement. Tel que vous l'avez souligné dans votre lettre du 8 mai dernier, ces commentaires et avis de nos experts ont apporté une contribution concrète à l'opération de renflouage.

Je constate aussi que certains éléments concernant les « Plans d'urgence et de contingence » sont en préparation et qu'ils seront complétés bientôt en tenant compte de nos commentaires.

Je constate que vous avez effectivement déclaré une zone d'exclusion de pêche autour de l'épave. Nos recommandations auront pour effet de mieux publiciser cet état de faits qui était passé sous silence dans vos documents de consultation et dont l'existence échappait d'ailleurs à plusieurs pêcheurs ainsi qu'au personnel du ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec.

C'est avec intérêt que je reçois la décision de votre ministère de réviser l'étude économique déjà réalisée de façon à mieux prendre en compte les données et le contexte québécois relatifs aux pêcheries.

Le projet de renflouage, soulignons-le, était engagé dans une procédure d'évaluation environnementale publique. C'est dans cet esprit que j'ai cru bon d'informer la population des résultats de notre examen. Je comprends que la population des Îles-de-la-Madeleine ait pu penser que mon objectif était d'arrêter le projet. Pourtant, comme je le leur avais moi-même expliqué, l'exercice avait pour seul but de m'assurer que l'opération soit faite de la façon la plus sécuritaire possible. Je peux comprendre la réaction de cette population qui veut tourner la page sur un triste épisode de son histoire sur lequel elle n'a aucun contrôle.

Je peux donc vous assurer que mon intervention ne visait aucunement à arrêter ou à ralentir votre projet, mais uniquement à m'assurer que les modalités retenues minimisaient les risques. C'est ainsi que j'ai respecté les échéances dont nous avions mutuellement convenues verbalement.

Les précisions données, les réponses reçues, les modifications et les ajustements que vous prévoyez faire aux procédures de levage, au contrôle et au suivi des opérations, de même que les plans d'urgence et de contingence qui seront complétés sous peu, bonifient le projet et peuvent contribuer à minimiser les risques liés à l'opération.

Je demeurerai vigilant dans cette opération qui me préoccupe au plus haut degré. Il va sans dire que le Québec se garde en tout temps la possibilité de faire valoir ses droits et n'écarte, le cas échéant, aucun recours. Toutefois, comme je vous l'ai mentionné à Montréal, mon souhait le plus cher serait de pouvoir sabrer le champagne sur le quai d'Halifax pour célébrer une opération réussie.

Vous trouverez en annexe un sommaire de la rencontre tenue le 7 mai dernier entre nos représentants et spécialistes. Dans un souci de transparence, j'ai l'intention de rendre publique la présente lettre et de l'envoyer officiellement aux intervenants madelinots.

Veuillez agréer, Monsieur le Ministre, l'expression de mes sentiments distingués.

 

DAVID CLICHE

 

c.c. M. Guy Julien, ministre de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation
M. Benoit Arseneau, préfet, MRC des Îles-de-la-Madeleine
M. Napoléon Cormier, préfet suppléant, MRC des Îles-de-la-Madeleine
M. Paul Chevarie, président, Regroupement des Pêcheurs professionnels
M. Mario Cyr, président du Comité de Vigilance
Mme Hélène Chevrier, présidente, Attention Frag'Îles
Mme Diane Vigneau, présidente, Association touristique régionale
M. Germain Chevarie, vice-président, Commission de Développement socio-économique
Mme Gabrielle Landry, Secteur Pêche, Commission de Développement économique
M. Paul Delaney, Secteur Pêche, Commission de Développement économique
M. Léonard Arseneau, Administration du Havre de Pêche de l'Étang-du-Nord

RENCONTRE MEF-ENVIRONNEMENT CANADA
DOSSIER IRVING WHALE
MONTRÉAL, LE 7 MAI 1996
 
(Sommaire)

1. Les surpressions internes

La possibilité de l'existence éventuelle de surpressions dans les réservoirs au moment du levage a été discutée de façon exhaustive. Le promoteur étant d'opinion qu'il n'y avait plus d'air ou très peu dans les réservoirs alors que notre expert défendait l'autre thèse mais surtout l'impossibilité pour tout volume d'air de sortir compte tenu du colmatage des évents. L'état de charge du cargo c'est-à-dire l'état de remplissage des réservoirs lors du naufrage semble confirmer que la plupart de ceux-ci contiendraient un minimum de volume d'air résiduel si tel en est. Deux réservoirs, à l'avant, pourraient peut-être en contenir.

En conséquence:

Afin de garantir la sécurité et de prévenir le développement de toute pression excessive, le promoteur a décidé d'adopter la recommandation de notre expert et de perforer chacun des réservoirs au niveau de son contenu en eau. Cet item constituait un élément important de notre argumentation, la procédure adoptée assure un minimum de risque au niveau d'un bris de structure consécutif à une expansion des gaz.

2. Contrôle de la flexion de la coque

Une évaluation de la flexion maximale de la coque a été réalisée selon deux hypothèses, soit celle où la structure est intacte et celle où la structure serait endommagée et affaiblie par la perforation résultant de la retombée de la barge sur des grosses pierres lors du naufrage.

En conséquence:

Afin de minimiser les risques, de mieux suivre l'évolution de la structure lors de l'amorce du levage, le promoteur a convenu d'adopter la recommandation de notre expert et d'utiliser des abaques (des courbes) mettant en relation la tension sur les câbles et le comportement de la structure (flexion). Une telle mesure permettra d'apprécier plus rapidement l'état de la barge (structure) et faciliter la prise de décision et ce dans une phase critique de l'opération (le décollage).

3. Perforation de la coque

Le promoteur nous a fourni des informations pertinentes relativement à la sécurité et à la capacité du sabot arrière devant supporter la tension des câbles de levage et éviter la perforation de la coque. Un facteur de sécurité de 5 a été introduit dans les calculs.

En conséquence:

Ces explications ont été bien accueillies par notre expert.

4. La turbulence au cours de la remontée et la dispersion des BPC

De nombreux échanges entre les experts furent consacrés à ce point. Selon le promoteur, la configuration des compartiments supérieurs et de ceux de la chambre des machines empêche, à toutes fins pratiques, une turbulence dans la partie basse de la coque. La position de notre expert est plus nuancée et supporte une thèse inverse.

Après de longues explications sur l'état des ouvertures (portes) leur localisation et l'emplacement des échelles ainsi que des précisions sur la lente progression de la remontée (1 mètre par minute). Il se pourrait que les contraintes de ce correctif sur l'ensemble des opérations pourraient avoir préséance sur les mesures préventives concernant cet aspect spécifique.

En conséquence:

Notre expert n'insiste donc pas sur la fermeture partielle des ouvertures dont la mise en oeuvre coûterait peut-être 350 000 $ mais surtout nécessiterait deux jours de travail sur une cédule déjà chargée. Le jugement du promoteur devra s'exercer au moment des travaux en tenant compte des mesures qui devraient être prises des niveaux de concentration en BPC des liquides présents dans la chambre des machines et des conditions réelles lors du levage.

5. Valeurs de la profondeur d'immersion / Évaluation de la colonne d'eau au-dessus de la barge

Il fut établi que la partie du calcul basée sur le 45 pieds n'était pas pertinente à la succion mais plutôt à une évaluation de la tirée horizontale qui ne concerne pas les travaux envisagés. Cette valeur entrée au modèle mathématique voulait dire que la barge était complètement submergée du bas de la coque jusqu'au bout du mât (43').

En conséquence:

Il a été reconnu que cette section, qui a suscité le questionnement de notre expert, n'aurait pas dû être incluse à l'étude produite par Herbert Engineering. La question que nous avions soulevée reposait sur des informations incomplètes et confuses en ce qui concerne les calculs soumis. Nous étions, par ailleurs, en attente de clarification sur ces éléments.

6. Les effets reliés à la succion

Pour ce qui est de la succion, dont l'importance éventuelle pouvait surcharger les câbles et compromettre la résistance de la barge, il a été démontré à la satisfaction de notre expert qu'elle serait, à toutes fins pratiques, négligeable. Le document (VIDÉO) présenté (autre que celui présenté à Québec lors de la première rencontre) illustrait clairement le dégagement des bordures inférieures de la coque et le peu de matériel présent susceptible d'engendrer le phénomène de succion.

En addition à cet état de faits, on nous a fait part de l'équipement de suivi et de contrôle de la tension sur les câbles. Cet équipement permettra de bien connaître la tension sur chacun des câbles et ainsi de mesurer toute tension excédentaire à celle déjà prévue correspondant au poids de la barge. Dans une telle éventualité, la procédure prévoit des temps d'arrêt qui permettront l'intrusion de l'eau et le dégagement de la coque.

En conséquence:

L'information supplémentaire reçue en ce qui touche l'état des sédiments autour de la barge et les explications concernant cette section de l'étude d'Herbert Engineering nous rassurent vis-à-vis les hypothèses de travail utilisées par le promoteur.

Les équipements de contrôle de la tension des câbles, les modalités de levage et la relation tension-flexion précédemment suggérée par notre expert, permettront de contrer toute succion éventuelle si elle se présentait.

7. L'effet du courant sur les équipements de levage

Le courant de fond est perpendiculaire à la barge et sa valeur maximale est de 1/2 noeud, il est de 1 noeud en surface. La force de poussée résultante est évaluée à 4 tonnes ce qui provoquera un angle de 0,3 degré sur les câbles de levage. Étant donné que l'équipement est conçu pour accepter une déviation de 3 degrés, le promoteur ne prévoit aucun problème vis-à-vis la stabilité des équipements de levage.

En conséquence:

Cette information est complémentaire aux documents reçus antérieurement qui ne traitaient pas de ce point. Elle répond aux interrogations de notre expert.

8. Étude sur les impacts économiques et socio-économiques

Il a été convenu que l'étude socio-économique serait reprise en tenant compte des données disponibles auprès de la région Laurentienne du MPO. La reprise est importante pour les gens du MAPAQ, surtout si un déversement survenait qui entraînerait des mesures compensatoires pour les pêcheurs lésés.

En conséquence:

Les gens du MAPAQ reçoivent positivement cet engagement important de reprendre l'étude.

9. Protection des ressources halieutiques

Une zone d'interdiction de pêche dans un rayon de 2,5 milles marins a été fixée par le MPO en juillet 1995 suite à la diffusion d'une ordonnance de modification. Le message a été acheminé aux pêcheurs mais une certaine confusion règne sur la compréhension et la connaissance de cette interdiction.

En conséquence:

Quoi qu'il en soit, le MAPAQ est satisfait de l'étendue de la zone qui devrait permettre de protéger les marchés et les consommateurs. Une surveillance accrue sur la contamination potentielle des débarquements de crabe sera effectuée au cours de la saison de pêche 1996. L'étendue de la zone d'exclusion sera réévaluée après les opérations de renflouement.

10. Évaluation de la dispersion des BPC

Le fédéral ne reprendra pas l'évaluation de la dispersion des BPC qui tient compte du milieu ouvert que représente le golfe St-Laurent. Par ailleurs, il semble que les mélanges aient été testés et que le mazout et les BPC ne se mélangeront pas compte tenu de la viscosité de chacune des substances. Des renseignements sur cette question sont inclus dans le plan d'urgence remis à la réunion et qui diffère légèrement de celui déposé le 2 mai dernier, à la réunion de l'ÉRIPE.

En conséquence:

Nous prenons note de la réponse.

11. Modes de confinement des substances contaminées

Les modes de confinement des substances contaminées à bord de la barge submersible ont été succinctement expliqués. Il semble que le type de bateau submersible ne soit pas encore exactement connu mais on nous a assuré que tout serait prévu pour confiner toutes les substances contaminées de façon sécuritaire.

En conséquence:

De l'information reste à venir.

12. Assurance-responsabilité

Des discussions se poursuivent avec l'assureur et ses partenaires pour régler la question de l'assurance-responsabilité en cas de désastre.

En conséquence:

La conclusion de ces discussions devraient nous parvenir.

13. Détection des fuites de BPC

Il n'y a pas de moyen pour détecter les fuites de BPC pendant la remontée de la barge. Les responsables comptent sur l'échantillonnage du fond marin au moyen d'un sonar à balayage latéral qui sera réalisé avant et après les opération de levage pour trouver les BPC qui auraient éventuellement fuit de l'épave.

En conséquence:

La réponse est correcte.

14. Surveillance

Toute la question de la caractérisation et du suivi environnemental est en élaboration à l'heure actuelle. Les responsables en sont à déterminer le nombre de stations, la stratégie d'échantillonnage et le nombre d'échantillons nécessaires pour bien vérifier les impacts appréhendés ou l'ampleur des travaux de dragage à entreprendre. L'ensemble de la question devrait être réglée dans le courant du mois de mai.

En conséquence:

Il a été noté que les responsables se préoccupent de cet aspect mais il est actuellement impossible de se prononcer sur la nature de ces programmes de suivi.

15. Diffusion de l'information et mesures d'urgence

L'élaboration du plan de communication est bien avancée mais reste à compléter. Une grande ouverture a été manifestée pour inclure les responsables du gouvernement du Québec dans ce plan. Le plan de communication sera dans le plan d'urgence.

Le mécanisme d'information des populations locales sur la salubrité des produits de la mer est en discussion avec les représentants locaux du MSSS à Gaspé. Selon ces derniers, les discussions vont bon train et le résultat sera efficace et facile d'accès pour le public.

En conséquence:

La réponse est concluante.

16. Enlèvement des sédiments contaminés

Il n'y a pas de mesure d'atténuation efficace pour contrer la contamination des écosystèmes par des fuites de BPC. On compte sur le dragage ou le pompage pour atténuer les impacts.

Il est prévu dans le contrat de l'entrepreneur de nettoyer le fond marin après le renflouement. Si ce nettoyage ne peut se compléter immédiatement, le fédéral compte sur le lent déplacement des BPC poussés par un courant de fond estimé avec des courantomètres pour retrouver les contaminants à moyen terme.

En conséquence:

Nous prenons note de la réponse fournie.

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Source:
Renée Lebrun
Direction des communications et du marketing
(418) 643-7495

Pour information:
France Amyot
Attachée de presse du ministre
de l'Environnement et de la Faune
(418) 643-8259

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