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Qualité des eaux des rivières aux Outardes, Manicouagan et Moisie 1979-1996

Qualité de l'eau

Les stations d'échantillonnage des rivières aux Outardes, Manicouagan et Moisie sont situées à quelques kilomètres de l'embouchure des rivières. L'effet, sur les échantillons d'eau, de l'eau salée en provenance du golfe du Saint-Laurent a été nul, soit parce que les échantillons étaient prélevés à marée basse ou que la station d'échantillonnage était située à l'extérieur de la zone d'impact. Les échantillons ont été prélevés au minimum tous les mois de l'année, de 1979 à 1996, sans interruption. Les analyses ont été effectuées sur des descripteurs conventionnels, comme les différentes formes de phosphore et d'azote, le pH, la turbidité, les matières en suspension, la chlorophylle a, la demande biochimique en oxygène, les coliformes fécaux, le fer, etc.

La qualité de l'eau des trois rivières échantillonnées dans la région de la Côte-Nord se compare à celle des autres rivières ou portions de rivières non dégradées coulant en d'autres régions du Québec. Des similarités existent entre les rivières coulant sur le bouclier canadien, qu'elles soient en Mauricie, dans la région du Saguenay - Lac-Saint-Jean ou en Côte-Nord, en raison du type de roches consolidées que l'on y trouve, lesquelles sont peu dissolubles et fournissent très peu de carbonates comme matière tamponnante. Leurs eaux sont donc caractérisées par une faible conductivité et un pH naturellement acide. Elles diffèrent en ce sens de celles des rivières coulant sur le versant sud du fleuve dans la région appalachienne et de celle des basses-terres du Saint-Laurent, où l'on trouve une conductivité beaucoup plus élevée et un pH moins acide. Une autre différence existe entre les rivières étudiées de la Côte-Nord et celles coulant en zone appalachienne. Elle consiste en des concentrations plus élevées de fer et d'aluminium dans les eaux des rivières du bouclier canadien. L'aluminium et le fer sont des éléments abondants de la croûte terrestre. On les retrouve aussi bien dans la roche-mère que dans les sols meubles. Sur les bassins hydrographiques à l'étude toutefois, l'importance des feldspaths plagioclases (NaAlSi3O8, CaAl2Si2O8) dans la structure même de la roche-mère peut expliquer une partie des concentrations d'aluminium mesurées. Les formations rocheuses des bassins hydrographiques à l'étude sont aussi riches en minéraux ferro-magnésiens. De plus, on rapporte l'existence de gisements de sable magnétique riches en fer dans une bande autrefois inondée par la mer de Champlain, de 4 à 6 Km de largeur, située au-dessous de la cote des 128 mètres. Ces gisements seraient particulièrement nombreux à l'embouchure de la rivière Moisie. Une autre source importante d'aluminium et de fer dans les eaux de surface provient du lessivage des sols par les eaux de pluie et de fonte. Les sols y sont de type podzolique et reconnus pour leur richesse en aluminium et en fer.

Entre les trois rivières à l'étude, on observe des différences pour certains descripteurs de l'eau. Celles-ci sont dues à la présence des barrages sur les rivières aux Outardes et Manicouagan. Les barrages, parce qu'ils interviennent directement dans la gestion des débits, agissent indirectement sur le comportement des substances en raison de la création parallèle de réservoirs en amont. L'eau d'un réservoir se comporte différemment de celle qui s'écoule en rivière. Les processus de stratification dans la colonne d'eau et de dépôt des matières en suspension, engendrés par la présence des barrages, ont une influence sur les composantes de l'eau qui s'écoule en aval des structures de retenue des eaux. L'observation des cycles annuels nous permet de déceler une différence certaine dans les concentrations mesurées au cours des différents mois de l'année. Le graphique suivant montre un cycle annuel pour lequel cette manifestation est des plus évidentes, celui de la conductivité. Sur les deux rivières harnachées, le patron cyclique de la conductivité révèle une certaine monotonie. Il en est de même pour la plupart des descripteurs, sauf la température qui suit un patron normal.

Cycles annuels de la conductivité dans les rivières aux Outardes, Manicouagan et Moisie

Graphique cycles annuels de la conductivité

Une autre différence entre la rivière Moisie et les deux rivières harnachées concerne le phosphore. Sur la rivière Moisie, on observe que plusieurs échantillons ont des concentrations de phosphore assez élevées, plus qu'on pourrait s'attendre pour un milieu si peu affecté par la pollution d'origine urbaine, industrielle et agricole. Il semble que l'explication de ce phénomène soit liée à la géologie des lieux. Dans le bassin hydrographique de la rivière Moisie, certaines des masses de roches consolidées formant le sous-sol contiennent du phosphore, soit les masses de roches métamorphiques d'origine sédimentaire, et surtout, les larges masses d'anorthosites. L'anorthosite est une roche qui s'érode très facilement et qui, outre le sable régulier, forme un sable noir et lourd (ilménite, magnétite). Ces sables sont charriés par la rivière comme matières en suspension. Ils ont comme caractéristique de contenir une certaine proportion d'apatite, un phosphate de calcium. Dans la rivière Moisie, le phosphore est associé le plus souvent à du phosphore particulaire, plutôt qu'à du phosphore dissous. Les concentrations sont d'ailleurs plus élevées au printemps, en période de hautes eaux. Si le phénomène n'est pas manifeste sur les rivières aux Outardes et Manicouagan, ce n'est pas en raison de l'absence de masses de roches contenant du phosphore, car elles sont tout aussi nombreuses. C'est encore une fois, à cause des barrages en amont des stations d'échantillonnage. Une bonne partie du phosphore en suspension se dépose au fond des réservoirs et ne s'écoule pas avec l'eau dans la rivière.

En résumé, l'eau des rivières aux Outardes, Manicouagan et Moisie prélevée aux stations d'échantillonnage à leur embouchure est de très bonne qualité. Elle fournit aux organismes vivants un milieu de vie très sain et peut être utilisée à des fins récréatives, sans aucun danger pour la santé. Localement toutefois, on peut s'attendre à des impacts locaux à l'aval de la mine du Mont Wright et de la municipalité de Fermont, dans le sous-bassin de la rivière aux Pékans, un tributaire de la rivière Moisie. À l'embouchure de la rivière néanmoins, là où se trouve la station d'échantillonnage, l'influence des activités en amont se dissipe totalement.

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