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Que faire en cas de résultat de coliformes totaux ou de Escherichia coli non conforme?

Tous les systèmes de distribution d’eau potable dont la clientèle est résidentielle, touristique ou institutionnelle et qui desservent plus de 20 personnes doivent faire réaliser chaque mois une analyse des coliformes totaux et de la bactérie Escherichia coli dans l’eau qu’ils distribuent, comme l’exige le Règlement sur la qualité de l’eau potable (RQEP).

Bien que la très grande majorité des résultats des analyses réalisées respectent les normes, un responsable peut éventuellement se retrouver face à un résultat non conforme et devoir poser différents gestes pour retrouver la conformité en vertu des exigences du RQEP.

L’information qui suit vise à fournir des pistes à un responsable pour qu’il puisse mettre en place les solutions les plus appropriées à la suite d’une situation de non-conformité. Plusieurs des éléments à examiner proposés en fonction des différents contextes sont tirés de cas précédemment rencontrés par le personnel du Ministère.

Sections à consulter

  1. Déterminer si un résultat est conforme ou non
  2. Gestes à poser
  3. Vérifications pour déterminer l’origine des coliformes
  4. Résultat positif et présence de chlore résiduel
  5. Sources associées à une présence fréquente
  6. Sources associées à une station de production d’eau potable
  7. Efficacité des mesures pouvant être prises
  8. Documents complémentaires à consulter en ligne (disponibles en français)
  9. Documents complémentaires à consulter en ligne (non disponibles en français)

1. Déterminer si un résultat est conforme ou non

Le responsable d’un système de distribution d’eau potable doit s’assurer que l’eau qu’il distribue est conforme aux normes établies, sans quoi il doit mettre en place les actions prévues au RQEP. Or, les résultats des analyses de coliformes totaux, de la bactérie Escherichia coli et des colonies atypiques (qui sont des bactéries pouvant apparaître dans certains milieux de culture) peuvent être énoncés de différentes façons. Le tableau suivant établit la distinction entre les résultats conformes et les résultats non conformes. En cas de doute, le responsable d’un système de distribution devrait communiquer avec le laboratoire ayant réalisé les analyses.

  Résultat conforme en vertu du RQEP  Résultat non conforme en vertu du RQEP 
Escherichia coli 
  • Résultat de 0 UFC/100 ml
  • Résultat de < 1 UFC/100 ml
  • Absence 
  • Résultat ≥ 1 UFC/100 ml
  • Présence
  • Colonies trop nombreuses pour être comptées (TNC)
  • Colonies trop nombreuses pour être identifiées (TNI) 
Coliformes totaux 
  • Résultat de 0 UFC/100 ml
  • Absence 
  • Résultat > 10 UFC/100 ml
  • Présence
  • Colonies trop nombreuses pour être comptées (TNC)
  • Colonies trop nombreuses pour être identifiées (TNI)

Dans le cas du résultat suivant, le responsable du système doit vérifier si la situation a pour conséquence que le système dépasse la norme fixée à un maximum de 10 % d’échantillons positifs sur une période de 30 jours :

  • Résultat ≥ 1 et ≤ 10 UFC/100 ml 
Colonies atypiques 
  • Résultat ≤ 200 UFC/100 ml 
  • Résultat > 200 UFC/100 ml
  • Colonies trop nombreuses pour être comptées (TNC)
  • Colonies trop nombreuses pour être identifiées (TNI) 

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2. Gestes à poser

Le RQEP établit des exigences précises auxquelles doit se conformer le responsable d’un système de distribution qui reçoit un résultat d’analyse non conforme. Les gestes à poser résultant de ces obligations sont présentés dans le tableau suivant.

Paramètre non conforme  Geste à poser  Article du RQEP
Escherichia coli 

Diffuser un avis de faire bouillir l’eau

36 (2e alinéa) 

Aviser individuellement de l’avis tous les établissements d’enseignement et de santé et services sociaux desservis

36 (3e alinéa)

Aviser individuellement de l’avis tous les responsables de systèmes de distribution raccordés au sien1

37 

Aviser le bureau régional du Ministère et la Direction de la santé publique des mesures qui seront prises ou qui ont été prises pour remédier à la situation et protéger les utilisateurs 

36 (1er alinéa) 

Coliformes totaux2
ou
Colonies atypiques 

Aviser le bureau régional Ministère et la Direction de la santé publique des mesures qui seront prises ou qui ont été prises pour remédier à la situation 

36 (1er alinéa)

 

Lorsqu’un avis de faire bouillir l’eau doit être diffusé, différents éléments d’information doivent y être inclus. Le Ministère propose un modèle d’avis intégrant les précisions requises.

Avant de lever un avis de faire bouillir l’eau ou de revenir à la conformité, le responsable qui a mis en place des mesures pour remédier à la situation a l’obligation de compléter le processus de retour à la conformité établi à l’article 39 du RQEP. Ce processus comporte un nombre minimal d’échantillons à prélever pour compléter le retour à la conformité. Le nombre d’échantillons requis est établi en fonction du nombre de personnes desservies, comme présenté dans le tableau suivant.

Nombre d’utilisateurs concernés  Nombre minimal d’échantillons à prélever par jour 
≤ 200 
≥ 201 et ≤ 500 
≥ 501 et ≤ 5000 
≥ 5001 et ≤ 20 000  1 par tranche de 1 000 personnes 
≥ 20 001  20 

(Extrait de l’article 39 du RQEP.)


1 Y compris les systèmes de distribution non municipaux dits « appendices ».
2 Cela inclut un résultat supérieur à 10 coliformes totaux/100 ml, un résultat positif dans le cas de l’utilisation d’une méthode par présence-absence ou un résultat différent de zéro amenant le système de distribution à plus de 10 % d’échantillons positifs sur une période de 30 jours.

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3. Vérifications pour déterminer l’origine des coliformes

Un résultat d’analyse non conforme peut être causé par différents problèmes. Il est important pour un responsable de tenter de déterminer la source de chaque résultat non conforme pour éviter que le problème ne se produise de nouveau. Le tableau suivant présente des éléments pouvant être examinés par le responsable, notamment lorsqu’il s’agit d’un cas isolé.  

Origine possible d’un résultat non conforme

Élément pouvant être examiné

Modalité d’échantillonnage du résultat positif

  • Le lieu d’échantillonnage était-il un lieu habituel? Est-il approprié?
    • Le robinet est-il approprié? Est-ce un robinet extérieur?
    • Y a-t-il une longue entrée de service? S’agit-il d’un bâtiment dont la plomberie est complexe?
  • Y a-t-il un équipement de traitement sur place (sous le robinet ou à l’entrée du bâtiment) ou une autre source approvisionnement connectée à la plomberie, par exemple un puits individuel?
  • Les modalités de prélèvement ont-elles été respectées (y compris le lavage des mains, le retrait de l’aérateur, la désinfection du robinet, les cinq minutes d’écoulement, un jet avec écoulement lisse et l’absence de débordement du contenant, comme exigés à l’annexe 4 du RQEP)?
  • Le prélèvement a-t-il été réalisé par une personne reconnue compétente conformément à l’article 44 du RQEP?

Exploitation et entretien de l’installation de distribution

  • L’installation de distribution a-t-elle connu une baisse de pression récemment (découlant d’un incendie, d’une forte demande, d’une panne, d’un arrêt imprévu d’une pompe, d’un bris, etc.)?
  • Des bris ou des fuites ont-ils été constatés ou réparés récemment, en amont ou en aval du point de prélèvement?
    • Si oui, les travaux ont-ils été supervisés par une personne reconnue compétente conformément à l’article 44 du RQEP?
  • L’installation de distribution a-t-elle été soumise à un rinçage approprié récemment?
    • Si oui, la capacité de production le permettait-elle?
  • Y a-t-il un réservoir de distribution qui aurait été remis en service après une période d’arrêt?
    • Si oui, est-ce que des procédures appropriées ont été suivies?

Traitement de l’eau appliqué

  • Si l’eau est soumise à un traitement avant sa distribution, des difficultés de traitement ont-elles été constatées récemment?
  • Si l’eau est soumise à une désinfection, le registre de suivi de l’installation montre-t-il des valeurs anormales dans les jours précédant le résultat non conforme?
  • Des analyses de l’eau brute sont-elles réalisées? Si oui, qu’indiquent les résultats?
  • Le traitement est-il opéré par une personne reconnue compétente conformément à l’article 44 du RQEP? Le suivi est-il réalisé à distance?

Installation de captage

  • Une inspection de l’état du captage et de son environnement immédiat a-t-elle été réalisée récemment?

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4. Résultat positif et présence de chlore résiduel

Il est tout à fait possible d’obtenir un résultat d’analyse montrant la présence de coliformes totaux ou de bactéries Escherichia coli même si du chlore résiduel a été mesuré au même moment. Il est vrai que les coliformes totaux et Escherichia coli montrent une plus faible résistance au chlore que d’autres microorganismes, dont les virus et les protozoaires. Néanmoins, un résultat d’analyse qui indiquerait la présence simultanée de chlore résiduel libre et de coliformes ne doit pas être rejeté ou déconsidéré. Plusieurs facteurs contribuent en effet à réduire l’efficacité du chlore contre les bactéries coliformes pouvant se retrouver dans le système de distribution :

  • Mécanismes de protection :

    • L’adhésion des bactéries à des particules organiques ou inorganiques présentes dans l’eau, de même que l’agrégation de plusieurs bactéries entre elles contribuent à les protéger en réduisant leur surface de contact avec le chlore résiduel.

  • Des coliformes peuvent aussi être endommagés ou stressés par un traitement, tout en conservant une capacité de récupération3.

  • Les coliformes et d’autres bactéries peuvent être ingérés par d’autres microorganismes présents dans les systèmes de distribution (amibes, nématodes, rotifères et d’autres), survivre à l’intérieur de ceux-ci et même y proliférer dans certains cas avant d’être relâchés subséquemment.

  • Présence d’un biofilm : cette couche plus ou moins épaisse de bactéries qui se forme à l’intérieur des conduites d’aqueduc et des réservoirs contribue à protéger des bactéries comme les coliformes de l’action du chlore. Des espèces de coliformes totaux peuvent notamment s’attacher et se multiplier au sein d’un biofilm, malgré la présence d’un résiduel de chlore dans la conduite.

  • Relargage de bactéries par le biofilm : un biofilm bien établi dans une conduite relâche naturellement des agrégats de bactéries, dont des coliformes, qui peuvent à leur tour coloniser de nouvelles surfaces. Des changements de pression ou de sens d’écoulement de l’eau dans les conduites sont aussi susceptibles d’entraîner de tels relargages de bactéries issues d’un biofilm.

  • Caractéristiques de l’eau : à un pH élevé (> 8), le chlore est moins efficace, ce qui peut réduire son action désinfectante sur les coliformes. Une turbidité élevée contribue à fournir aux coliformes plus de particules pour se protéger de l’action du chlore, et réduit aussi la disponibilité du chlore.

    De manière générale, les systèmes de distribution dont l’eau est non désinfectée sont plus susceptibles que ceux dont l’eau est désinfectée d’être aux prises avec une présence fréquente de coliformes totaux. Un système de distribution dont l’eau est non désinfectée présente des conditions particulièrement propices au développement d’un biofilm dans les conduites, compte tenu de l’absence de chlore résiduel qui autrement peut à tout le moins limiter l’ampleur du développement du biofilm. Dans un tel cas, l’implantation d’un programme organisé de rinçage unidirectionnel apparaît comme une mesure incontournable à mettre en place. Cette mesure contribue également à réduire la corrosion interne et l’accumulation de sédiments dans les zones propices.

    Par ailleurs, il est important de s’assurer que les mesures de chlore résiduel réalisées à l’occasion d’un prélèvement d’échantillon fournissent des résultats valides. Le type d’appareil et sa conformité aux exigences du RQEP, son nettoyage et son calibrage réguliers, de même que l’emploi de réactifs dont la date de péremption n’est pas dépassée, sont des éléments à ne pas négliger sur ce plan.


    3 Ce phénomène pourrait expliquer que des résultats de coliformes totaux soient négatifs à la sortie du traitement (les coliformes étant affectés, ils ne croissent pas dans le milieu de culture en laboratoire), mais qu’ils soient subséquemment détectés en réseau une fois leur processus de réparation terminé.

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    5. Sources associées à une présence fréquente

    Les coliformes totaux sont un indicateur de la dégradation de la qualité bactérienne de l’eau distribuée. Il est important de déterminer la cause de leur présence et de résoudre le problème puisque certaines sources de coliformes peuvent également amener en parallèle l’intrusion de microorganismes pouvant rendre les gens malades. Le tableau suivant présente des éléments pouvant être examinés par le responsable d’un système de distribution en cas de présence récurrente de coliformes totaux.

    Origine possible de résultats positifs fréquents

    Élément pouvant être examiné

    Secteur du système de distribution

    • Les échantillons positifs proviennent-ils d’un secteur en particulier, de certaines extrémités seulement, ou sont-ils répartis sur l’ensemble de l’installation de distribution?
    • Les matériaux des conduites sont-ils différents dans les secteurs touchés, s’il y a lieu?
    • Les secteurs touchés, s’il y a lieu, subissent-ils régulièrement des variations de pression ou des inversions du sens d’écoulement?
    • Les pressions usuelles d’exploitation du système sont-elles appropriées dans tous les secteurs?

    Rinçage du système de distribution

    • Y a-t-il un programme de rinçage unidirectionnel en place?
    • À quand remonte le plus récent rinçage réalisé dans le système de distribution?
      • Ce rinçage était-il unidirectionnel ou non?
      • Le rinçage était-il limité à des secteurs ou a-t-il été réalisé dans tout le système de distribution?
    • Dans le cas d’un système exploité de façon saisonnière, quelles sont les précautions prises à la fermeture et à la remise en fonction? Une procédure appropriée est-elle appliquée?

    Travaux sur les conduites ou les équipements du système de distribution

    • Soupçonne-t-on l’existence de fuites importantes non réparées dans les secteurs où les échantillons sont positifs?
    • Des méthodes appropriées de rinçage et désinfection sont-elles toujours appliquées à la suite de réparations, de remplacement de conduites ou d’extension du système?
      • Pendant ces travaux, utilise-t-on des matériaux (par exemple, des lubrifiants) non certifiés pour un usage dans l’eau potable?
    • Y a-t-il eu remplacement d’entrées de service ou installation récente d’entrées de service pour de nouveaux bâtiments?
    • Existe-t-il des vannes de vidange ou de purge non autorisées et non conformes aux bonnes pratiques à l’extrémité du système de distribution?
      • Si oui, les fossés dans lesquels l’eau s’écoule peuvent-ils être une source de contamination?
    •  Les travaux d’entretien et de réparation sont-ils effectués ou supervisés par un opérateur reconnu compétent conformément à l’article 44 du RQEP et présent sur place?

    Réservoir de distribution

    • Y a-t-il des réservoirs de distribution?
      • Si oui, le fonctionnement de ceux-ci touche-t-il périodiquement le sens d’écoulement de l’eau dans le système de distribution?
    • Y a-t-il court-circuitage à l’intérieur des réservoirs de distribution4?
    • Existe-t-il un programme d’inspection (extérieure et intérieure) et de nettoyage régulier des réservoirs? Des méthodes appropriées de désinfection sont-elles appliquées avant la remise en service, le cas échéant?
    • La plus récente inspection de réservoir a-t-elle permis d’identifier des lacunes (y compris la présence de faune, des ouvertures non étanches, l’absence de grillage, des infiltrations, etc.)?
    • Y a-t-il périodiquement un vidage complet d’un réservoir à la suite d’une grande demande en eau?
    • Le réservoir est-il muni d’une seule entrée qui sert aussi de sortie, faisant en sorte qu’une quantité d’eau stagnante a pu être évacuée au moment d’une grande demande en eau?

    Raccordements croisés5

    • Des mesures de contrôle des raccordements croisés existants sont-elles en place pour le système de distribution?
    • Existe-t-il des mesures de vérification périodique de l’efficacité des dispositifs antirefoulement installés?
    • Y a-t-il certains propriétaires de résidences qui utilisent un puits individuel en complément de l’eau fournie par l’installation de distribution, qui disposent de pompes domestiques de surpression ou qui utilisent des réservoirs d’eau de pluie à des fins domestiques (par exemple, des toilettes)?
    • L’installation de distribution connaît-elle périodiquement des baisses de pression pouvant causer un phénomène de siphonnage?

    Installation de captage et traitement6

    • L’eau est-elle soumise à une désinfection?
      • Si oui, cette désinfection est-elle effectuée de manière permanente?
      • Les dosages appliqués correspondent-ils aux dosages prévus?
    • Y a-t-il eu des changements dans les résultats d’analyse d’eau brute dans les derniers mois (par exemple, turbidité, Escherichia coli, pH)?
    • Si l’eau distribuée est chlorée ou chloraminée, les concentrations mesurées à des points préétablis du système de distribution sont-elles relativement constantes? Le pH est-il élevé?

    Des variations de pression peuvent survenir régulièrement dans un système de distribution et être à l’origine de résultats de coliformes totaux positifs. En effet, une « vague » de variations de pression peut se propager sur plusieurs kilomètres de conduites avant de se dissiper, et provoquer un relargage de biofilm et du siphonnage tout au long du déplacement de cette vague. Les phénomènes pouvant provoquer des variations de pression sont notamment l’ouverture d’une borne d’incendie, une panne électrique, le bris d’une conduite, la fermeture d’une vanne et l’arrêt d’une pompe. Également, plus le système comporte un dénivelé important, plus les risques associés à ces phénomènes sont susceptibles d’être élevés.

    D’autre part, comme indiqué au tableau, les réservoirs peuvent constituer des sources de coliformes totaux récurrents. Dans un réservoir comportant une entrée qui sert aussi de sortie, une stratification de l’eau peut se former jusqu’à ce que, notamment par un changement de la température de l’eau, un brassage se produise et que de la matière décantée ou flottante du réservoir, selon le cas, se retrouve aspirée dans le système de distribution. Au moment d’une demande en eau importante ou d’une baisse de pression, le vidage complet du réservoir peut aussi retourner dans le système de distribution la matière décantée et provoquer la détection de coliformes totaux. Ce phénomène peut également se produire dans un réservoir comportant une entrée et une sortie distinctes mais rapprochées; dans ce cas, un court-circuitage se produira en période de faible consommation, tandis qu’un retour d’eaux mortes pourra survenir en période de plus forte consommation.

    Enfin, en ce qui concerne les raccordements croisés, l’utilisation de simples clapets ou de vannes d’isolement peut s’avérer insuffisante selon les contextes; chaque raccordement croisé doit être évalué de manière appropriée7. Bien que le propriétaire du bâtiment soit responsable de procéder à la vérification annuelle de ses dispositifs antirefoulement en faisant appel à un vérificateur certifié, le responsable du système de distribution peut s’assurer que ces vérifications sont bien réalisées, particulièrement pour les bâtiments à risque. Il est rapporté que les raccordements croisés auraient mené à plusieurs épidémies aux États-Unis et dans des pays européens, et qu’il s’agirait de la principale cause d’épidémie parmi celles dont l’origine est associée au système de distribution8.


    4 Un court-circuit dans un réservoir amène une partie de l’eau à y circuler très rapidement, ce qui réduit le temps de contact avec le procédé, et une autre partie de l’eau à se retrouver dans des zones dites « mortes ».
    5 Un raccordement croisé est défini comme une connexion existante ou potentielle qui permet d’introduire de l’eau usée, industrielle, du carburant ou toute autre substance dans une installation de distribution d’eau potable.
    6 Se référer également à la question-réponse 5 pour d’autres suggestions d’éléments à examiner.
    7 La Régie du bâtiment du Québec propose différents documents à ce sujet dans son site Web :https://www.rbq.gouv.qc.ca/plomberie/les-exigences-de-qualite-et-de-securite/dispositif-antirefoulement.html.
    8 Voir Craun, G. F. et R. L. Calderon, 2001. « Waterborne disease outbreaks caused by distribution system deficiencies », Journal AWWA, 93(9), p. 64-75.

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    6. Sources associées à une station de production d’eau potable

    En dépit de l’application d’un traitement respectant les exigences réglementaires, il est possible qu’une installation de production d’eau potable constitue une source de coliformes totaux. Différents situations peuvent survenir.

    D’abord, une dégradation importante de la qualité de l’eau de la source d’eau, résultant par exemple de conditions météorologiques particulières, peut nuire à l’efficacité du traitement appliqué. De même, des problèmes au moment de la conception ou de modifications subséquentes, ou une dégradation progressive des équipements, et même une mauvaise opération et un suivi inapproprié des paramètres de mesure en continu peuvent empêcher les équipements d’atteindre les objectifs fixés. Le tableau suivant énumère une liste d’aspects qui pourraient être examinés pour vérifier si une installation peut être la source d’un problème récurrent.

    Sujet

    Origine possible de détection récurrente

    Installation de captage

    • Une inspection du captage et de son environnement immédiat a-t-elle été réalisée récemment?
      • Si oui, a-t-on constaté la présence d’équipements en mauvais état (par exemple, un couvercle non étanche)9?
      • Si oui, y avait-il présence de sources de contamination fécale à proximité?
    • Y a-t-il eu des changements dans les résultats d’analyse d’eau brute dans les derniers mois (par exemple, turbidité, Escherichia coli, pH)?
      • Si oui, ces changements suivaient-ils des périodes de fortes précipitations?
    • Si le système comporte plusieurs captages, certains d’entre eux ont-ils été en arrêt prolongé? À la remise en service, une procédure appropriée a-t-elle été appliquée?
    • Y a-t-il eu abandon récent d’un captage10?
      • Si oui, des mesures appropriées ont-elles été prises pour le dissocier complètement du système?
    • Y a-t-il eu un changement ou un entretien récent des équipements de pompage? À la remise en service, une procédure appropriée de désinfection a-t-elle été appliquée?
    • Y a-t-il eu une augmentation du débit?
    • Dans le cas d’un captage d’eau souterraine, le captage est-il susceptible d’être sous l’influence directe des eaux de surface? Une telle évaluation a-t-elle déjà été réalisée11?

    Installation de production d’eau potable

    • La capacité maximale de production de chacun des équipements de l’installation est-elle respectée?
    • L’opération des équipements est-elle réalisée par des opérateurs reconnus compétents conformément à l’article 44 du RQEP?
    •  Les opérateurs de l’installation sont-ils affectés uniquement à l’eau potable ou travaillent-ils aussi à une station d’épuration des eaux usées?
      • Si oui, des précautions appropriées sont-elles prises pour éviter l’entrée de contaminants dans l’installation d’eau potable?
    • A-t-on constaté une diminution récente de la performance du traitement? Les exigences de performance du traitement (« logs » d’enlèvement) sont-elles respectées en tout temps?
    • Des mesures appropriées de nettoyage et désinfection sont-elles appliquées avant la remise en service d’équipements ayant été soumis à un entretien?
    • Existe-t-il des ouvertures qui sont refermées de façon inappropriée, résultant de modifications apportées aux points de dosage, manchon de vanne, etc.?
    • L’étanchéité des réservoirs de production a-t-elle été vérifiée? Peut-il exister des fissures permettant la circulation d’eau du décanteur ou des filtres vers la réserve?
    • L’étanchéité des planchers ainsi que le bon état et la destination des drains de plancher ont-ils été vérifiés? Y a-t-il d’autres sources de contamination potentielles de la réserve?
    • Y a-t-il des conduites d’eau usée ou non traitée passant à l’intérieur des réservoirs d’eau potable? Quel est l’état de ces conduites?
    • Quelle est la qualité de la protection des sorties des trop-pleins des réservoirs? Est-il possible qu’un refoulement d’un réservoir d’eau traitée se produise sur le plancher du bâtiment?

    Comme indiqué dans le tableau, la dégradation de la qualité de l’eau brute de surface peut empêcher le traitement en place satisfaire aux normes de performance, bien que ce traitement été le sujet d’une autorisation du Ministère. Les résultats d’analyse de l’eau brute et les résultats inscrits au registre sont, dans ce cas, des éléments centraux de la vérification du bon fonctionnement d’un traitement en place. D’autres facteurs peuvent par ailleurs réduire l’efficacité d’un traitement, dont une turbidité élevée, une faible température, une forte demande en eau et un dépassement de la capacité maximale de l’installation (réduisant le temps de contact avec le chlore) et un pH élevé (qui rend le chlore moins efficace).

    Dans le cas des eaux souterraines, la possibilité que celles-ci soient en fait sous l’influence directe des eaux de surface peut être examinée. En effet, les eaux souterraines sous influence directe des eaux de surface doivent se conformer à des exigences de traitement de l’eau plus sévères puisqu’il est possible que des protozoaires atteignent le captage (au contraire des eaux souterraines pour lesquelles on considère que le sol est en mesure de retenir les protozoaires). Les façons de déterminer si les eaux souterraines sont sous influence directe des eaux de surface sont présentées au chapitre 6 du Guide de conception des installations de production d’eau potable. Il est à noter qu’une influence directe des eaux de surface peut résulter de conditions hydrogéologiques existantes ou encore d’une installation de captage inappropriée (vice de construction, dégradation des composants, modification des conditions d’utilisation).

    Enfin, des problèmes de conception, de construction, une dégradation des composants dans le temps, des modifications non autorisées, des travaux mineurs et des entretiens réalisés de manière non appropriée peuvent réduire l’efficacité du traitement et même le court-circuiter. Dans beaucoup de ces cas, seule une vérification approfondie sur place par une personne possédant une bonne connaissance des équipements de traitement de l’eau peut permettre de déterminer la source de contamination.


    9 Se référer à la section 6.6.2 du chapitre 6 du Guide de conception des installations de production d’eau potable.
    10 La présence d’une vanne ou d’un clapet peut s’avérer insuffisante.
    11 Se référer à la figure 6-2 du chapitre 6 du Guide de conception des installations de production d’eau potable.

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    7. Efficacité des mesures pouvant être prises

    Par rapport à un résultat positif de coliformes totaux, certaines mesures correctrices ne s’avèrent efficaces qu’à court terme ou, encore, sont susceptibles de générer d’autres problèmes. De manière générale, il est important que le responsable s’assure d’employer les mesures les plus à même d’endiguer le problème et de le régler de façon durable. Le tableau suivant fournit des exemples de l’efficacité potentielle de différentes mesures.

    Appréciation générale de l’efficacité des mesures

    Exemple de mesure

    Mesure à risque

    • Rinçage non unidirectionnel du système (ouverture de bornes d’incendie sans ordre particulier)
    • Rinçage unidirectionnel du système sans atteindre la pression, la vitesse d’écoulement et le temps de rinçage requis pour éliminer efficacement le biofilm et les sédiments accumulés
    • Augmentation du chlore résiduel, si la source la plus probable du problème est l’intrusion

    Mesure sans effet sur la cause
    (efficacité à court terme seulement)

    • Augmentation du chlore résiduel, si la source la plus probable est une accumulation de biofilm
    • Rinçage unidirectionnel du système sans récurrence dans le temps
    • Désinfection-choc de sections du système (système habituellement non désinfecté)

    Mesure susceptible d’être efficace lorsqu’elle est adaptée à la cause

    • Utilisation d’une torpille ou de tampons de récurage pour éliminer une croissance excessive de biofilm ou des dépôts de sédiments dans un secteur particulier
    • Amélioration des procédés de traitement appliqués pour réduire la concentration de carbone organique assimilable
    • Mise en place d’un programme de rinçage unidirectionnel avec une récurrence appropriée (annuelle ou saisonnière en fonction des besoins)
    • Adoption de pratiques reconnues de rinçage et de désinfection après des travaux (réparation de bris, remplacement de conduite) et utilisation de matériaux certifiés
    • Mise en place d’un programme périodique d’inspection et de nettoyage des réservoirs de distribution
    • Mise en place d’un programme de vérification des raccordements croisés

    Comme indiqué dans le tableau, l’utilisation de chlore résiduel peut, dans certains cas, faire partie des solutions préconisées en réponse à des problèmes récurrents de coliformes totaux, mais elle doit se faire avec prudence. En effet, l’ajout de chlore ponctuel ou la désinfection-choc peuvent avoir plusieurs effets secondaires indésirables : plaintes en raison du goût ou de l’odeur de l’eau, augmentation des trihalométhanes totaux et corrosion. Il est par ailleurs important de noter que cette intervention n’agit pas sur la source du problème et qu’elle peut masquer temporairement les coliformes sans pour autant éliminer des microorganismes pathogènes susceptibles de les accompagner.

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    8. Documents complémentaires à consulter en ligne (disponibles en français)

    Bureau de normalisation du Québec, 2004. Travaux de construction – Clauses techniques générales – Conduites d’eau potable et d’égout (devis normalisé NQ-1809-300), [En ligne], http://www-es.criq.qc.ca/pls/owa_es/bnqw_norme.detail_norme?p_lang=fr&p_id_norm=8437&p_code_menu=NORME.

    Conseil canadien des normes, 2007. Guide de sélection et d’installation des dispositifs antirefoulement (CSA/B64.10), [En ligne], http://www.scc.ca/en/standardsdb/standards/18775.

    InfraGuide, 2005. L’eau potable – Méthodes de création d’un programme de contrôle des raccordements croisés, Guide national pour des infrastructures municipales durables, [En ligne], http://fmv.fcm.ca/files/Infraguide/Potable_Water/methodology_cross_connect_control_progr_fr.pdf.

    Ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs, 2006. Guide de conception des installations de production d’eau potable, [En ligne], http://www.mddefp.gouv.qc.ca/eau/potable/guide/index.htm.

    Ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs, 2012. Règlement sur la qualité de l’eau potable – Guide destiné aux établissements touristiques, [En ligne], http://www.mddefp.gouv.qc.ca/eau/potable/etab-touris/guide-etabl-tourist.pdf.

    RÉSEAU environnement, 2007. Norme AWWA pour la désinfection des réservoirs d’eau (C652-02) http://www.reseau-environnement.com/fr/services/publications/publications-techniques/norme-awwa-pour-la-desinfection-des-reservoirs-deau-norme-ansiawwa-c652-02

    RÉSEAU environnement, 2008. Norme AWWA pour la désinfection des conduites d’eau (C651-05), [En ligne], http://www.reseau-environnement.com/fr/services/publications/publications-techniques/norme-awwa-pour-la-desinfection-des-conduites-deau-norme-ansiawwa-c651-05.

    RÉSEAU environnement, 2009. Guide pratique sur la désinfection des conduites et des réservoirs, [En ligne], http://www.reseau-environnement.com/fr/services/publications/publications-techniques/guide-pratique-sur-la-desinfection-des-conduites-et-des-reservoirs-deau.

    RÉSEAU environnement, 2009. Guide pratique pour répondre à une plainte relative à la qualité de l’eau, [En ligne], http://www.reseau-environnement.com/fr/services/publications/publications-techniques/guide-pratique-pour-repondre-a-une-plainte-relative-a-la-qualite-de-leau.

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    9. Documents complémentaires à consulter en ligne (non disponibles en français)

    Craun, G. F. et R. L. Calderon, 2001. « Waterborne disease outbreaks caused by distribution system deficiencies », Journal AWWA, 93(9), p. 64-75 http://www.environmental-expert.com/articles/waterborne-disease-outbreaks-caused-by-distribution-system-deficiencies-55905

    Friedman, M. et al., 2009. Strategies for Managing Total Coliform and E. coli in Distribution Systems, Water Research Foundation et United States Environmental Protection Agency, 317 p., [En ligne], http://www.waterrf.org/ExecutiveSummaryLibrary/91259_3116_4130_profile.pdf.

    Hasit, Y. J. et al., 2004. Cost and Benefit Analysis of Flushing, AWWA Research Foundation, Denver (CO), 109 p., [En ligne], http://www.waterrf.org/ExecutiveSummaryLibrary/91010_2605_profile.pdf.

    Lechevallier, M. W. et al., 1996. Factors Limiting Microbial Growth in Distribution Systems, AWWA Research Foundation, Denver (CO), [En ligne], http://www.waterrf.org/ExecutiveSummaryLibrary/90709_704b_profile.pdf.

    Lechevallier, M. W. et al., 1990. Assessing and Controlling Bacterial Regrowth in Distribution Systems, AWWA Research Foundation, Denver (CO), 241 p., [En ligne], http://www.waterrf.org/ExecutiveSummaryLibrary/90567_309_profiles.pdf.

    Narasimhan, R. et J. Brereton, 2004. Sample Collection Procedures and Locations for Bacterial Compliance Monitoring, AWWA Research Foundation, Denver (CO), 140 p., [En ligne], http://www.waterrf.org/ExecutiveSummaryLibrary/90989F_2676_profile.pdf.

    United States Environmental Protection Agency. The Effectiveness of Disinfectant Residuals in the Distribution System, [En ligne], http://www.epa.gov/ogwdw/disinfection/tcr/pdfs/issuepaper_effectiveness.pdf.

    United States Environmental Protection Agency, 2002. Health Risks from Microbial Growth and Biofilms in Drinking Water Distribution Systems, [En ligne], http://www.epa.gov/ogwdw/disinfection/tcr/pdfs/whitepaper_tcr_biofilms.pdf.

    United States Environmental Protection Agency, 2006. Causes of Total Coliform-Positive Occurrences in Distribution Systems, [En ligne], http://www.epa.gov/ogwdw/disinfection/tcr/pdfs/issuepaper_tcr_causes.pdf.

    United States Environmental Protection Agency, 2006. Distribution Systems Indicators of Drinking Water Quality, [En ligne], http://www.epa.gov/ogwdw/disinfection/tcr/pdfs/issuepaper_tcr_indicators.pdf.

    United States Environmental Protection Agency, 2002. Finished Water Storage Facilities, White Papers, [En ligne], http://www.epa.gov/ogwdw000/disinfection/tcr/pdfs/whitepaper_tcr_storage.pdf.


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