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Projet hydroélectrique Eastmain-1-A
et dérivation Rupert

Le maintien de la pratique des activités traditionnelles


Le rapport du COMEX rappelle qu’en quelques décennies, la société crie est passée d’un mode de vie basé presque uniquement sur les activités traditionnelles de chasse, de pêche et de trappe et sur le partage des ressources à une économie de marché impliquant une formation adéquate et des emplois rémunérés. La présence sur le territoire s’est par conséquent modifiée sous l’influence de plusieurs facteurs, dont les horaires de travail et la nécessité de rester au village durant la période scolaire. Les jeunes, qui doivent poursuivre leurs études, éprouvent maintenant plus de difficulté à acquérir l’ensemble des pratiques, du savoir et des règles de la vie en forêt, lesquels nécessitent de longs séjours sur le territoire. Des facteurs extérieurs — baisse du prix des fourrures, coûts toujours plus élevés du carburant et, de l’avis les Cris, insuffisance des allocations des bénéficiaires du Programme de sécurité du revenu des chasseurs et trappeurs cris (PSR) — réduisent de beaucoup les bénéfices financiers générés par la vie en forêt. En outre, la population crie a plus que doublé depuis 30 ans, tandis que le territoire est de plus en plus ouvert aux activités forestières, minières et hydroélectriques.

De moins en moins de gens choisissent de vivre uniquement selon le mode de vie traditionnel cri. Néanmoins, plusieurs personnes travaillent sur une base saisonnière et passent ensuite plusieurs semaines, voire quelques mois, dans la forêt. Par ailleurs, plusieurs personnes manifestent leur volonté de retourner vivre sur le territoire lorsqu’elles cesseront de travailler. Si la modernité apporte des changements importants au mode de vie traditionnel des Cris, la vie en forêt demeure une activité culturelle et spirituelle très importante.

Le processus d’analyse des impacts du projet sur la pratique des activités traditionnelles

En premier lieu, on a réalisé le bilan des principales composantes de l’utilisation des terrains, des pratiques d’exploitation des ressources ainsi que des éléments susceptibles d’être affectés par le projet à partir de documents qui rassemblent de nombreuses entrevues de maîtres de trappe et d’utilisateurs des lieux d’usages communautaires. Ces témoignages, qui ont été recueillis lors des audiences publiques, ont servi également à compléter ce bilan.

À partir des informations qu’a fournies le promoteur concernant les impacts attendus du projet et les données spécifiques d’utilisation du territoire tirées du bilan, on a réalisé une analyse des modifications potentielles du territoire et des adaptations nécessaires pour poursuivre les activités.

Au résultat de cette analyse s’ajoutent les mesures d’atténuation et de compensation que le promoteur ou les utilisateurs ont proposées pour faciliter la poursuite des activités en fonction des nouvelles conditions ou pour compenser la perte ou la modification majeure de secteurs d’exploitation. Enfin, la portée des nombreux suivis environnementaux proposés par le promoteur permet d’évaluer l’importance de l’impact résiduel. Ces suivis permettront non seulement de valider l’importance des impacts et l’efficacité des mesures d’atténuation, mais également de faire participer la population crie aux relevés de terrains, d’informer ces derniers des résultats concrets et d’encourager la réappropriation du territoire modifié par les utilisateurs.

Une part notable de l’analyse finale repose sur la satisfaction des maîtres de trappe et des utilisateurs du territoire. Ceux-ci se sont prononcés lors des entrevues menées par le promoteur et au cours d’audiences publiques qui ses sont déroulées dans les communautés. Leurs commentaires constituent une part importante de l’analyse finale puisqu’ils sont les personnes toute indiquées qui peuvent le mieux évaluer les effets des impacts du projet sur leurs activités.

Les impacts du projet sur la pratique des activités traditionnelles

Sept terrains de chasse seront directement affectés par la création des biefs Rupert. Les portions de territoires ennoyés, variant entre 0,13 % et 15,42 % des terrains, ne seront plus disponibles pour la chasse et la trappe et l’augmentation des concentrations en mercure dans les poissons risquent de détourner les utilisateurs de ces secteurs pour une assez longue période. Ces espaces ennoyés sont principalement concentrés sur quatre terrains de chasse de la communauté de Mistissini, lesquels sont assez grands pour que les utilisateurs puissent en exploiter d’autres secteurs. Cinq camps permanents et 36 temporaires devront être déplacés et plusieurs lieux valorisés seront affectés soit par l’ennoiement, soit par la construction d’infrastructures.

Quant à la rivière Rupert en aval de l’ouvrage de contrôle, bien que les conditions de débit seront différentes, les activités traditionnelles pourront se poursuivre grâce aux ouvrages hydrauliques mis en place pour maintenir les niveaux d’eau. Les modifications du territoire telles que l’exondation de certaines rives et la baisse, plus ou moins importantes, du niveau d’eau dans certains tronçons, exigeront que les utilisateurs adaptent leurs pratiques de chasse et de piégeage en rive, leurs techniques de pêche et leurs habitudes de déplacement. Des incertitudes subsistent quant aux effets de la réduction du débit sur le site de pêche d’usage communautaire de Smokey Hill, situé sur le territoire de la communauté de Waskaganish.

Dans le secteur à débit augmenté, les conditions seront similaires à celles qui prévalent à l’heure actuelle.

Conditions imposées au promoteur

Notons que le promoteur doit effectuer un suivi des différents aspects liés aux activités de chasse, de pêche et de piégeage, auprès des utilisateurs du territoire. Le suivi portera notamment sur la fréquentation des terrains de chasse et des camps, l’exploitation des ressources fauniques, sur les modes d’accès aux campements, l’exploration des nouveaux milieux et sur l’appréciation des mesures d’atténuation et de compensation. Ce suivi sera effectué tout au long des activités de construction et se poursuivra jusqu’à dix ans après le début de l’exploitation.

De nombreuses conditions visent la faune piscicole et font l’objet d’une fiche particulière. La faune avienne fera également l’objet d’un programme de suivi et d’aménagements fauniques. La faune terrestre, particulièrement les populations de caribou, d’orignal et de castor, fera l’objet de suivis et de mesures particulières (ex. : relocalisation des castors dans les zones ennoyées ou affectées par des modifications de niveaux d’eau).

Plusieurs conditions du ministère visent notamment la participation des utilisateurs cris aux programmes de suivi pour encourager les Cris à se réapproprier le territoire et éviter ainsi qu’ils ne se détournent de ces territoires modifiés, ce qui pourrait faire disparaître le savoir traditionnel et un mode de vie propre à ces milieux.

Afin d’assurer la poursuite des activités traditionnelles de pêche au cisco de lac dans le secteur de Smokey Hill, le promoteur doit, si les modifications de débit rendent le site difficilement exploitable, élaborer en collaboration avec la communauté de Waskaganish et les maîtres de trappe concernés un nouvel aménagement de site de pêche à l’épuisette ainsi qu’un programme d’information des résidants de la communauté pour promouvoir, valoriser et maintenir l’utilisation d’un site de pêche à Smokey Hill.

Le promoteur doit également réaliser plusieurs suivis et mesures relatives aux déplacements en embarcation et en motoneige telles que la production de cartes de navigation pour les usagers, le ramassage des débris ligneux et la réalisation d’un programme de suivi et de cartographie pour les déplacements en motoneige. Il doit encadrer les activités de chasse et de pêche sportives pratiquées par les travailleurs des chantiers afin de protéger les droits des communautés cries. Des conditions sont également prévues pour les sites à potentiel archéologique et les lieux de sépulture.

En étroite collaboration avec les instances cries responsables, le promoteur doit mettre en place une structure d’accueil pour recevoir les commentaires et les plaintes et proposer des solutions à tout problème pouvant découler de l’insatisfaction des usagers du territoire causée par les impacts du projet.

Enfin, il doit collaborer avec le COMEX pour instaurer un processus de consultation de la population crie. Cette consultation devra avoir lieu aux environs de 2011, soit entre la fin de la période de construction et avant la mise en exploitation du projet. Elle aura pour objectif, entre autres, de connaître le point de vue des Cris sur l’efficacité des mesures d’atténuation qui auront été mises en place et sur les moyens qui pourraient être envisagés pour obvier aux impacts résiduels du projet.

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