Les aventures de Rafale

À la découverte du Nunavik


Allons-y étape par étape, mon ami! On a beaucoup de choses à voir, et il reste très peu de temps avant le début de notre chasse au trésor. Je t’expliquerai donc en quoi ma région est différente de la tienne. Tu verras, c’est un autre monde!

Le territoire

Immense et peu peuplé, le territoire du Nunavik, qui couvre une superficie de 560 000 km2, abrite des espèces animales et végétales adaptées aux conditions nordiques. Entouré par la baie d’Hudson à l’ouest et par le détroit d’Hudson et la baie d’Ungava au nord et à l’est, il compte 14 villages nordiques, dont le plus peuplé se nomme « Kuujjuaq ».

« Nunavik », en inuktitut, signifie « l’endroit où vivre ». Un peu plus de 10 000 personnes, pour la plupart des Inuits, y habitent.

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Chez moi, au Nunavik, les paysages sont magnifiques : montagnes immenses, plaines à perte de vue et fleuves majestueux se côtoient dans une nature sauvage à couper le souffle. Très peu d’arbres y poussent : quelques arbustes, un peu de conifères et de rares feuillus. Du lichen, une sorte d’association entre un champignon et une algue terrestre, recouvre le sol. Le blanc de la neige inonde le territoire de septembre à juin.

« Nunavik », en inuktitut, signifie « l’endroit où vivre ». Un peu plus de 10 000 personnes, pour la plupart des Inuits, y habitent.

Source© Stéphane Cossette - MDDELCC

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Le climat

ElisapieLà où je vis, les saisons ne se succèdent pas à la même vitesse que dans le sud du Québec. Les étés existent bel et bien, mais ils sont très courts. Les hivers sont ainsi beaucoup plus longs que chez toi!

La durée du jour varie beaucoup au Nunavik. L’été, lors des journées les plus longues, le soleil se couche très tard et se lève très tôt. C’est un phénomène qui s’explique par l’inclinaison de la terre et par la position géographique de notre territoire lors des solstices. Au solstice d’été, le soleil peut rester présent jusqu’à 20 heures par jour, ce qui ne laisse que peu de place à la noirceur de la nuit. Les bêtes arctiques s’animent, les oiseaux et animaux migrateurs viennent installer leur nid, les fleurs arctiques fleurissent… L’été est vivant et dynamique!

RafaleComment faites-vous pour dormir s’il ne fait presque jamais noir?

ElisapieOn s’habitue, c’est tout!

RafaleEt les autres saisons, à quoi ressemblent-elles?

ElisapieEn automne, les nuits refroidissent de plus en plus pour laisser place au cycle solaire de l’hiver. Pendant cette saison, le Nunavik reste plongé dans le noir presque toute la journée. C’est l’inverse de l’été. En général, en décembre, nous n’avons que six heures d’ensoleillement par jour.

J’ai conçu une série de petites fiches explicatives sur les liens entre le climat de ma région et la faune et la flore. Dernièrement, je les ai présentées aux élèves du primaire à qui ma mère enseigne.

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Le climat du Nunavik

ElisapieLe territoire du Nunavik est couvert par quatre écozones. Ces dernières sont définies par les éléments écologiques d’un secteur en particulier : la végétation, le relief, le climat et la faune.

RafaleEst-ce pour cette raison que les habitudes de vie des différents êtres vivants changent d’un climat à l’autre?

ElisapieOui, c’est bien ça. Les modes de vie dans le secteur de la taïga du bouclier, par exemple, sont loin d’être les mêmes que dans les pays tropicaux! Je t’ai préparé quatre tableaux récapitulatifs qui décrivent les différentes écozones du Nunavik. Pour les consulter, clique sur les zones de couleur.

Les écozones nordiques du Nunavik

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Les changements climatiques

RafaleOn entend beaucoup parler des changements climatiques ces temps-ci. Ça préoccupe tout le monde. Au Nunavik, observez-vous des changements?

ElisapiePlus que n’importe où ailleurs! Depuis déjà plusieurs années, nous devons modifier nos parcours pour nous rendre à nos camps de chasse ou à la pêche. En effet, les cours d’eau que nous pouvions traverser en octobre ne sont désormais plus gelés, ce qui fait que nous devons adapter nos itinéraires. Nous remarquons aussi l’arrivée de nouvelles espèces que nous ne sommes pas habitués d’apercevoir. Par exemple, les habitants de Kangiqsujuaq voient de plus en plus d’ours noirs… Étonnant, non? Savais-tu qu’au début des années 1980, des scientifiques ont commencé à noter des changements dans la superficie des glaces et dans la profondeur du pergélisol du Grand Nord québécois? Sais-tu ce qu’est le pergélisol, Rafale?

RafaleJ’ai déjà entendu ce mot quelque part! Je crois que Mélodie en parlait dans l’une de nos aventures. Mais j’aimerais bien entendre ce que tu as à me dire à ce sujet.

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ElisapieOn parle de pergélisol quand la température du sol ou des socles rocheux est inférieure à 0 ºC pendant une période de 24 mois consécutifs. Le pergélisol, c’est tout ce qui est gelé, que ce soit une terre gorgée d’eau salée, un amas de glace ou encore du roc. La superficie du pergélisol tend à diminuer depuis quelques années à cause du réchauffement climatique. Ce phénomène est particulièrement étudié à Salluit, mon village, puisque la construction des nouveaux bâtiments doit tenir compte du dégel du pergélisol et de ses effets possibles comme les risque de glissement de terrain.

RafaleEst-ce la même chose qui se produit avec la banquise?

Malheureusement, oui. Normalement, les glaces fondent au début de l’été et se recréent dès que l’hiver est de retour. Les scientifiques ont d’ailleurs confirmé un fait alarmant que plusieurs Inuits avaient déjà remarqué : la glace qui se reforme à l’hiver est de plus en plus fragile et elle couvre un moins grand territoire. La fonte des glaces est causée par la trop grande émission de gaz à effet de serre, qui réchauffe inévitablement la planète.

RafaleMais c’est dangereux!

Oui, d’autant plus que nous voyageons souvent sur la glace lorsque nous chassons ou que nous pêchons. À l’heure actuelle, on doit prendre le temps d’observer les conséquences que ces changements ont eues sur nos écosystèmes et agir afin de mieux les protéger.

La fonte des glaces se fait sentir au Nunavik

Source© Stéphane Cossette - MDDELCC

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RafaleTu as raison!

Il faut aussi comprendre que le Nord se réchauffera plus rapidement à l'avenir à cause de deux phénomènes : l'albédo et l'effet de serre. Les rayons du soleil qui arrivent sur terre sont soit reflétés vers l’espace, soit absorbés par l’endroit où ils se posent. C'est l'albédo. Certaines surfaces, comme la neige et la glace, reflètent beaucoup plus les rayons que la terre, la végétation ou l’eau. Les rayons qui sont absorbés le sont sous forme de chaleur.

Comme tu l’as fait remarquer tout à l’heure, le réchauffement de la planète causé par l'augmentation des gaz à effet de serre provoque, entre autres, la diminution de la banquise, cette immense couche de glace qui recouvre l'océan Arctique. Donc, le Pôle Nord, en perdant sa surface glaciaire, perd aussi le bouclier qui le protège des rayons du soleil. L'eau, libre de glace, absorbe plus de rayons, ce qui augmente sa température. Comme l'eau plus chaude gèle moins vite, le couvert de glace est présent moins longtemps. Cet effet d'entraînement explique que l'Arctique est plus durement touché par les effets des changements climatiques.

RafaleEst-ce que les changements climatiques affectent votre mode de vie?

Évidemment, les Inuits voient leur vie quotidienne un peu chamboulée. Les glaces sont plus fragiles, les ours polaires quittent la banquise et la chasse devient plus difficile, puisque le comportement habituel des animaux tend à se modifier. La fonte du pergélisol crée aussi des problèmes pour les habitants.

RafaleLesquels?

Certains habitants doivent déménager, car le sol se déforme sous leur habitation. Ça peut être dangereux! Les quelques routes du Nunavik et les pistes d’atterrissage des aéroports deviennent gondolées à cause du surplus d’eau causé par la fonte du pergélisol.

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RafaleLes climatologues continuent-ils d’observer tous ces changements pour assurer le bien-être de la population?

Tout à fait! Et pour assurer le bien-être des écosystèmes aussi. Je sais que Magma a déjà présenté une aventure au sujet des changements climatiques. Pour la lire ou la relire, clique ici.

Récemment, j’ai écouté un épisode de l’émission Découverte qui portait, entre autres, sur le réchauffement climatique. Dans cet épisode, on expliquait qu’en plus du gaz carbonique, le méthane encombre aussi l’atmosphère de la terre et la réchauffe. Ce gaz est émis par toute matière végétale en décomposition. Les vaches sont celles qui en produisent le plus lors de leur digestion. Le reportage explique aussi que le pergélisol, qui fond de plus en plus dans le Nord, cache une immense quantité de méthane, surtout en Russie. Bref, si les terres dégèlent trop, la température de notre planète augmentera encore plus puisque le méthane s’échappera. Les scientifiques ont même découvert des cristaux de méthane dans les profondeurs de l’océan. Lorsque l’eau des mers se réchauffe, ce méthane redevient gazeux et remonte à la surface. Toutes ces émissions de méthane viennent s’ajouter à celles du gaz carbonique.

RafaleIl est donc vraiment important de réduire nos rejets de gaz carbonique!

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Le mode de vie des Inuits

ElisapieJe voulais aussi te parler, Rafale, d’une journée normale dans la vie d’une Inuite comme moi. Tous les matins, je me lève pour aller à l’école, où j’apprends les mathématiques, le français, l’anglais et, bien sûr, l’inuktitut. J’aime beaucoup mon école. On y fait du sport et, à la récréation, je peux m’amuser avec mes amis. Nos activités préférées sont le hockey extérieur et le baseball traditionnel, un mélange de baseball et de tague. Parfois, après l’école, j’aime me promener dans les collines qui entourent mon village et regarder le paysage. D’autres fois, je préfère rester chez moi à regarder la télévision ou à jouer à des jeux vidéo avec mes amis.

RafaleTu as raison Elisapie, ta vie n’est pas si différente de la mienne!

ElisapieUne fois par semaine, je participe aux activités organisées par les Rangers junior canadiens, un programme qui offre aux jeunes de 12 à 18 ans des régions éloignées l’occasion d’apprendre les coutumes des Inuits. On apprend aussi comment se débrouiller en plein air. Par exemple, dimanche dernier, mon groupe et moi avons appris comment installer un piège à renard, et nous avons attrapé un beau renard arctique!

RafaleL’expérience en plein air se rapproche beaucoup de celle des scouts ou des cadets, à ce que je vois! Et tes activités familiales, à quoi ressemblent-elles?

La fin de semaine, j’accompagne parfois mon père en traîneau à chiens. Il s’entraîne pour la course Ivakkak, une course de traîneau à chiens de 450 kilomètres à travers le Nunavik. D’autres fois, toute la famille se promène en motoneige. Même s’il fait parfois très froid, j’adore les activités extérieures. Il suffit d’être bien habillé!

Une enfant inuite, tout sourire


Source© Stéphane Cossette - MDDELCC

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RafaleVivez-vous toujours dans des igloos?

Non, mais les gens de mon peuple n’ont adopté un mode de vie plus sédentaire que depuis les années 1960. Mes grands-parents me racontent souvent leurs souvenirs, et je te garantis que, dans leur temps, les choses étaient bien différentes! Ils étaient nomades, c’est-à-dire qu’ils se déplaçaient au gré des saisons, à la recherche de nourriture. L’été, ils restaient près de la mer; l’hiver, à proximité des lacs. Ils connaissaient les moindres secrets de la toundra et ils vivaient en harmonie avec la nature. Bref, ils savaient composer avec ce que la nature leur offrait. Même si, depuis quelques décennies, on a construit des maisons, des écoles, des établissements municipaux et des épiceries qui vendent des produits importés, la plupart des gens apprécient beaucoup plus ce que leur apportent la chasse, la pêche et la cueillette. D’ailleurs, j’aime bien aider ma mère à préparer le caribou ou le phoque qui nous servira de repas. Ce sont mes parents qui se chargent de m’apprendre les façons de faire de nos ancêtres inuits pour que, plus tard, à mon tour, je transmette ces traditions à mes enfants.

Le séchage du poisson est l’une de ces techniques ancestrales transmises
de génération en génération


Source© Stéphane Cossette - MDDELCC

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Les parcs nationaux

ElisapieLe Nunavik possède trois immenses parcs qui ont une importance particulière pour ses habitants, les Nunavimmiuts. Il s’agit du parc national des Pingualuit, du parc national Kuururjuaq et du parc national Tursujuq. Source de grande fierté, ces parcs leur permettent d’avoir l’assurance que la richesse de leur territoire et la beauté du paysage seront préservées.

Le parc national des Pingualuit


Source© Stéphane Cossette - MDDELCC

Si tu veux, tu peux consulter les capsules que j’ai écrites sur ces parcs. Pour lire celle qui parle du parc national des Pingualuit, clique ici. Une autre concerne le parc national Kuururjuaq. Enfin, je t’invite à lire la capsule « Sais-tu que le plus grand parc national du Québec se trouve au Nunavik? »

RafaleMais, à part la préservation du territoire et des trésors qu’il renferme, qu’est-ce que les parcs nationaux apportent de plus à la région? Leur présence doit créer des emplois, non?

Absolument, Rafale! Ça nous assure aussi l’absence de développement industriel sur les territoires de ces parcs, ce qui est très important pour nous. De plus, la présence de parcs nationaux favorise le tourisme. D’ailleurs, ce sont les Inuits qui assurent la gestion de ces parcs.

Le transport

RafaleJ’aimerais vraiment visiter le Nord du Québec avec toi, Elisapie. Oncle Robert pourrait m’y conduire en voiture!

ElisapieAh! Ah! Ah! Ah! Tu me fais bien rire, Rafale! Je suis vraiment heureuse d’apprendre que tu veux visiter le Nunavik, mais j’espère que la voiture de ton oncle a des ailes! Aucune route ne se rend aux villages du Nunavik. Des kilomètres de forêt nous séparent de la route la plus près!

RafaleJe n’avais pas pensé à ça! Alors, je devrai prendre l’avion.

ElisapieExactement. De Montréal, il te faudra deux heures pour te rendre à Kuujuaq. Des vols à destination du Nunavik quittent la métropole tous les jours. Le plus gros aéroport se situe à Kuujjuaq. Par la suite, si tu désires te promener d’un village à l’autre, tu dois prendre de plus petits avions. Chaque jour, lorsque le climat le permet, des avions-cargos viennent au village nous porter de la nourriture et d’autres marchandises dont nous avons besoin.

Voici l’aéroport de Kangirsuk, un petit village de 400 habitants


Source© Stéphane Cossette - MDDELCC

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RafaleJ’imagine que les marchandises arrivent aussi par bateau.

C’est bien ça. Tous les villages sont dotés d’infrastructures qui permettent de décharger les marchandises des bateaux et de les distribuer aux habitants.

RafaleAlors, vous n’avez pas de voiture?

Mais oui, nous en avons! On les utilise pour se promener dans le village, entre autres. Mon père conduit un camion. En fait, plusieurs personnes possèdent des camions puisque les routes peuvent être très enneigées. Ils nous permettent aussi d’aller sur les routes non asphaltées en périphérie des villages. En hiver, il nous faut de bons pneus qui mordent dans la neige! Nous utilisons aussi régulièrement les véhicules tout-terrain et les motoneiges pour nos déplacements.

RafalePrends-tu souvent l’avion?

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Non, ça coûte très cher! Avec l’école, je n’ai pas le temps de voyager. Je préfère parcourir la toundra et les plaines en traîneau à chiens ou en véhicule tout-terrain plutôt que de prendre l’avion.

Je sais que ça fait beaucoup d’information à assimiler, mais maintenant, tu connais mieux le Nunavik. Je crois que tu es prêt à relever le défi de la chasse au trésor!


Elisapie écrit à RafaleLa chasse au trésor du Nunavik