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État de situation des rejets anthropiques de mercure dans l'environnement au Québec

Introduction

Le mercure est un métal dont la toxicité est reconnue depuis l’Antiquité. Chez l'être humain, les effets toxiques du mercure métallique dépendent de son état physique et de la voie d'exposition. Si sa forme liquide est très peu assimilable par voie digestive, ses vapeurs sont par contre bien absorbées par voie respiratoire et sont solubles dans le plasma, le sang et l'hémoglobine. Une fois dans la circulation sanguine, il peut affecter les reins, le cerveau et le système nerveux en général. Comme il est soluble dans les graisses, il traverse facilement la barrière placentaire et présente des risques pour le fœtus. De plus, étant excrété dans le lait maternel, il constitue un danger pour les nouveaux-nés.

Le mercure est présent de façon naturelle dans les formations rocheuses, le sol, l’eau et les végétaux. Il est donc constamment libéré dans l’environnement par l’érosion des sols, le vent, la vaporisation du sel marin, les mouvements de masses d’eau, les feux de forêt, l’évapotranspiration des végétaux et la vaporisation à partir des sols, des océans, des lacs et des rivières. De plus, d’autres phénomènes, entraînés artificiellement, tendent à augmenter les échanges de mercure entre les divers systèmes, par exemple l’inondation de territoires à des fins hydroélectriques, la déforestation et l’excavation des sols.

Il est difficile d’évaluer avec exactitude les émissions de mercure par les phénomènes naturels sur un territoire comme le Québec. Il est encore plus ardu de déterminer la part du mercure naturel et du mercure anthropique dans les cycles naturels. Certaines études1,2 semblent reconnaître que le ratio probable serait de 40 % d’origine naturelle et de 60 % d’origine humaine.

Lorsque le mercure atmosphérique se dépose sur le sol, il peut être transformé en méthylmercure, une forme plus toxique que les molécules métalliques initiales entraînées dans l'air. Le méthylmercure s'accumule dans les tissus vivants par un processus nommé bioamplification, durant lequel sa concentration augmente, en commençant par les microorganismes jusqu’aux poissons et aux prédateurs de poissons comme l'homme. Un niveau élevé de méthylmercure peut conduire au déclin des populations d'espèces fauniques touchées et peut nuire à la santé humaine. Un tel phénomène s’est produit dans les années 1950 à Minamata, au Japon, où la consommation de poissons contenant des niveaux toxiques de méthylmercure a fait plus de 1 700 victimes.

Certaines activités humaines libèrent des quantités de mercure significatives dans l’environnement, notamment les industries de production de l’électricité par combustion (charbon, mazout, etc.), de fusion des métaux et d’incinération de matières résiduelles. Des objets d’usage courant, comme les tubes fluorescents, les interrupteurs à bascule, les produits des technologies de l’information et des télécommunications, les thermomètres domestiques et les thermostats ainsi que l’amalgame dentaire, contiennent du mercure.

Un groupe de chercheurs américains a mis au point un modèle mathématique qui lui a permis d’estimer que les pertes de productivité entraînées par les effets du mercure sur le développement du cerveau ont représenté en moyenne de 8,7 milliards de dollars américains en 2000 dans l’ensemble des États-Unis, et des valeurs limites de 2,2 et 43,8 milliards de dollars3. Reportées à l’échelle de la population des provinces de l’est du Canada et des États de la Nouvelle-Angleterre, ces pertes représentent en moyenne 740 millions de dollars américains, et des valeurs limites de 187 millions et 3,7 milliards de dollars. Les impacts économiques directs sur certains secteurs d’activités récréotouristiques, comme la chasse et la pêche, sur les communautés autochtones et sur la faune et ses habitats n’ont pas été évalués. Rappelons que la remise en solution du mercure est une problématique qui impose des contraintes majeures lors de l’élaboration et de la mise en œuvre des projets de développement hydroélectriques au Québec.

Depuis plusieurs décennies, le Québec reçoit une proportion significative des émissions atmosphériques de mercure des régions industrialisées du sud de l’Ontario ainsi que du nord-est et du Midwest américains. La concentration aurait ainsi doublé dans l’atmosphère depuis un siècle. Ces retombées seraient aussi responsables d’une élévation de la concentration du mercure dans les sédiments des lacs et des cours d’eau québécois, qui pourrait être de 2 à 5 fois. En conséquence, la population en général et les pêcheurs sportifs, en particulier, sont invités depuis des années à ne consommer qu’un nombre limité de portions de certains poissons pêchés dans les plans d’eau québécois. Selon les données, dans près de 68 % des lacs du Québec, la chair des poissons échantillonnés de 1990 à 1998 présentait des teneurs en mercure supérieures à la limite de 0,5 mg/kg recommandée par Santé Canada pour la commercialisation des produits de la pêche pour la consommation humaine.

Par ailleurs, le mercure est un contaminant qui peut se transférer rapidement de l’air à l’eau ou au sol et vice versa. Il peut aussi se déplacer sur de longues distances dans l’atmosphère. Ces caractéristiques en font un contaminant transfrontalier pouvant se déposer dans un pays autre que son pays d’origine. Ses effets pourront donc être ressentis par des populations très éloignées des sources de contamination et, comme il est très persistant, plusieurs générations pourront être touchées.

Afin d’en arriver à un plan d’action visant à atténuer les impacts du mercure et à en réduire la présence, le présent document dresse un état de situation de la problématique associée au mercure au Québec. Les ententes intergouvernementales ainsi que la quantité et la nature des émissions atmosphériques de mercure y sont abordées en premier lieu. Parce qu’ils sont les plus importantes sources d’émission de mercure au Québec, une description des produits d’usage courant qui contiennent du mercure est présentée en second lieu. À ces éléments s’ajoutent le portrait du mercure dans les établissements de santé et scolaires ainsi qu’un résumé des outils d’éducation et de sensibilisation, de l’état de la recherche, de l’analyse et de la surveillance. Enfin, les moyens législatifs et réglementaires dont dispose le Québec pour faire face au défi que pose le mercure dans notre environnement ont été décrits.

Rapport complet, format PDF, 357 ko

1RYTUBA, J. J., 2005, Geogenic and mining sources of mercury to the environment, dans Mercury: Sources, measurement, cycles and effects (M.B. Parsons & J.B. Percival, Eds.), Mineral Association Can. Short Course, vol. 34, p. 21-41.

2SEIGNEUR, C. et al. 2004, Global source attribution for mercury deposition in the United States, Environ. Sci. technol.,vol. 38, p. 555-569.

3TRASANDE, L., P. J. LANDRIGAN et C. SCHECHTER, 2005. Public health and economic consequences of methyl mercury toxicity to the developping brain, Environmental Health Perspectives, vol. 113, no 5, p. 590-596.


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