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Présence de pesticides dans l’eau au Québec - Zones de vergers et de pommes de terre, 2010 à 2012

RÉSUMÉ

Chaque année, le Ministère échantillonne des cours d’eau des régions agricoles du Québec pour y vérifier la présence de pesticides. Au fil des ans, un réseau permanent de suivi des pesticides, composé de 10 stations, a été mis en place pour suivre l’évolution à long terme de leurs concentrations dans les cours d’eau à proximité de certaines cultures ciblées. La sélection de ces cultures tient compte non seulement des quantités de pesticides utilisées, mais également des superficies en culture au Québec. Quatre stations échantillonnées depuis 1992 sont situées dans des secteurs en culture de maïs et de soya. Depuis 2010, 6 autres cours d’eau drainant des secteurs de vergers, de cultures maraîchères et de pommes de terre y ont été ajoutés. L’objectif est de mieux connaître l’impact de l’utilisation des pesticides dans ces cultures et, à plus long terme, de suivre les changements de concentration des pesticides dans le temps. Le document actuel présente, à partir des données recueillies de 2010 à 2012, un portrait de la présence de pesticides dans des cours d’eau voisins de vergers et de cultures de pommes de terre.

Les ruisseaux Déversant-du-Lac (secteur Rougemont) et Rousse (secteur Oka) ont été retenus pour l’importance des superficies de vergers dans leur bassin versant, mais plusieurs autres cultures y sont aussi présentes. Les pesticides détectés dans ces deux cours d’eau sont multiples. Au total, 29 pesticides et produits de dégradation de pesticides ont été décelés dans le ruisseau Déversant-du-Lac et 38 dans le ruisseau Rousse. Bon nombre de ces pesticides sont liés à d’autres cultures que les vergers, notamment le maïs et le soya, dans le cas du ruisseau Déversant-du-Lac, et les cultures maraîchères, dans le cas du ruisseau Rousse. Même si les pesticides associés aux vergers ne sont pas ceux que l’on détecte le plus souvent dans l’eau, la présence de l’herbicide simazine, des insecticides carbaryl, azinphos-méthyl, deltaméthrine et perméthrine ainsi que du fongicide myclobutanil et de l’éthylène thiourée (ETU), un produit de dégradation de fongicides, suggère néanmoins une contribution non négligeable des vergers à la contamination de ces cours d’eau. D’ailleurs, certains insecticides utilisés dans les vergers sont très toxiques pour les espèces aquatiques et participent pour une bonne part aux dépassements observés des critères de qualité de l’eau visant la protection des espèces aquatiques. Mentionnons notamment les dépassements en ce qui concerne la perméthrine, qui s’est élevée à 350 fois la valeur du critère de qualité de l’eau dans le ruisseau Rousse; la deltaméthrine, dont la concentration a atteint une amplitude de 175 fois la valeur du critère dans le ruisseau Déversant-du-Lac et de 100 fois dans le ruisseau Rousse; et l’azinphos-méthyl, qui a atteint 130 fois la valeur du critère dans le ruisseau Déversant-du-Lac.

Les ruisseaux Point-du-Jour et Chartier (secteur Lanaudière) et la rivière Blanche (secteur Portneuf) ont été retenus pour les superficies appréciables de pommes de terre de leur bassin versant, même si, ici aussi, plusieurs autres cultures sont également présentes et que toutes ont une influence sur l’apport en pesticides aux cours d’eau. Dans l’ensemble, 30 pesticides et produits de dégradation de pesticides ont été détectés dans le ruisseau Point-du-Jour, 28 dans le ruisseau Chartier et 7 dans la rivière Blanche. Ceux associés à la pomme de terre sont principalement les herbicides métribuzine, linuron et métolachlore, les insecticides imidaclopride, thiaméthoxame et clothianidine ainsi que les fongicides fénamidone et azoxystrobine. Parmi ces produits, ceux dont les concentrations ont dépassé les critères de qualité de l’eau pour la protection des espèces aquatiques sont les insecticides imidaclopride et thiaméthoxame, et, plus rarement, la clothianidine, le métribuzine, le linuron et le fongicide chlorothalonil.

En plus des cultures ciblées, les autres cultures présentes dans ces bassins versants contribuent aussi de façon non négligeable à la contamination de ces cours d’eau. Pour l’ensemble des cinq cours d’eau, on note la présence d’herbicides utilisés dans le maïs et le soya, tels que l’atrazine, le S-métolachlore et le glyphosate. Dans le ruisseau Rousse, on observe également l’influence des cultures maraîchères. En effet, en plus des multiples pesticides détectés, la concentration de l’insecticide chlorpyrifos y est particulièrement élevée et mérite d’être signalée, puisqu’elle dépasse le critère pour la protection des espèces aquatiques dans 62 à 73 % des échantillons.

Par ailleurs, des insecticides de la famille des néonicotinoïdes sont présents dans les cinq cours d’eau échantillonnés. Dans le ruisseau Chartier, où les superficies de pommes de terre dominent largement par rapport aux autres cultures, c’est l’insecticide thiaméthoxame qui est présent en plus forte concentration par rapport à l’imidaclopride et à la clothianidine. Par contre, dans le ruisseau Point-du-Jour et la rivière Blanche, où la pomme de terre couvre des superficies comparables à celles du maïs et du soya, les profils de concentration de ces trois produits sont très similaires et traduisent probablement une contribution mixte de la pomme de terre et du traitement des semences de maïs et de soya. La présence de ces produits dans l’eau des ruisseaux Déversant-du-Lac et Rousse tend aussi à confirmer la contribution des traitements de semences.

Dans les cinq cours d’eau à l’étude, l’imidaclopride a dépassé le critère de qualité de l’eau de 0,0083 µg/l récemment proposé par les Pays-Bas. Ces dépassements sont particulièrement fréquents dans les trois ruisseaux drainant les secteurs de pommes de terre. L’insecticide thiaméthoxame présente lui aussi des valeurs qui dépassent le critère de qualité de l’eau de 0,14 µg/l de l’Union européenne, notamment dans les ruisseaux Chartier et Point-du-Jour, et à quelques occasions dans le ruisseau Déversant-du-Lac. Si les données toxicologiques sont relativement abondantes pour l’imidaclopride, celles pour le thiaméthoxame et la clothianidine sont insuffisantes, pour le moment, pour estimer précisément le risque pour les écosystèmes aquatiques. Les critères de qualité de l’eau utilisés pour ces deux produits dans le présent rapport pourraient éventuellement être abaissés. En effet, comme ces deux néonicotinoïdes ont le même mode d’action que l’imidaclopride, certains chercheurs préconisent d’employer le même critère que pour celui-ci, ce qui implique que les dépassements des critères de qualité de l’eau pour ces deux produits, donc les effets sur les espèces aquatiques, pourraient être sous-estimés.

En somme, les vergers et la pomme de terre participent, avec l’ensemble des autres cultures, à la contamination des cours d’eau par les pesticides. Comme le montre ce rapport, il existe effectivement une forte probabilité d’effets sur les milieux récepteurs situés en aval des zones de vergers et de pommes de terre. Cette conclusion découle non seulement des résultats du suivi réalisé, mais aussi des observations tirées de la documentation scientifique récente. Ainsi :

  • les concentrations de certains insecticides pris individuellement atteignent des niveaux qui sont dommageables pour les espèces aquatiques;
  • plusieurs pesticides dépassent simultanément leur propre critère de qualité de l’eau;
  • le milieu aquatique est soumis à plusieurs hausses subites de concentration de même qu’à une succession de pointes de concentration de divers pesticides;
  • plusieurs pesticides peuvent agir de façon synergique et, de ce fait, avoir des impacts sur le milieu aquatique même si leurs concentrations sont inférieures à leur critère de qualité de l’eau individuel;
  • l’exposition aux pesticides peut engendrer des effets indirects multiples (ex. : réduction de l’alimentation) rendant les organismes aquatiques plus sensibles à d’autres agressions présentes dans leur milieu.

Rapport (format PDF, 1,6 Mo)


Référence :
GIROUX, Isabelle (2014). Présence de pesticides dans l’eau au Québec- Zones de vergers et de pommes de terre, 2010 à 2012, Québec, ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, Direction du suivi de l’état de l’environnement, ISBN 978-2-550-71747-8 (PDF), 55 p. + 5 ann.


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