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Le Bacillus thuringiensis israelensis et le contrôle des insectes piqueurs au Québec

2. Les insectes piqueurs visés

2.1 Le cycle vital des moustiques et des mouches noires
2.2 Le rôle des moustiques et des mouches noires dans l'environnement
2.3 La notion de «nuisance » associée aux insectes piqueurs

2.3.1 Les espèces responsables de la nuisance au Québec

Figure 1 : Représentation schématique du rôle et du créneau occupé par les moustiques et les mouches noires parmi les habitants des écosystèmes aquatiques

2. Les insectes piqueurs visés

Au Canada, plus de 400 espèces d'insectes piquent les vertébrés pour en obtenir du sang (Conseil national de recherches du Canada 1982). La grande majorité de ces insectes sont des diptères — des « mouches » — parmi lesquelles on reconnaît notamment les tabanides (les taons et les mouches à chevreuil), les cératopogonides (les brûlots) et surtout les culicides (les moustiques) et les simulies (les mouches noires). Au Québec, la grande majorité des traitements insecticides contre les insectes piqueurs sont appliqués aux moustiques et aux mouches noires.

Le présent document ne traite que du contrôle des moustiques et des mouches noires par les produits larvicides commerciaux dont l'agent actif est le Bacillus thuringiensis var. israelensis.

2.1 Le cycle vital des moustiques et des mouches noires

Figure 1 - Représentation schématique du rôle et du créneau occupé par les moustiques et les mouches noires parmi les habitants des écosystèmes aquatiques
Cliquez pour agrandir - Figure 1 - Représentation schématique du rôle et du créneau occupé par les moustiques et les mouches noires parmi les habitants des écosystèmes aquatiques

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Comme tous les insectes exhibant une métamorphose complète pour parvenir au stade adulte (ex. les lépidoptères, les trichoptères et les coléoptères), le développement des espèces de l'ordre des diptères — les diptères regroupent tous les insectes possédant deux ailes, comme la mouche domestique, le moustique et la mouche noire — comprend quatre stades : œuf è larve è nymphe è adulte. Les trois premiers stades, dit stades immatures, sont restreints aux milieux aquatiques chez les moustiques et les mouches noires. Après l’éclosion, les larves se développent par mues successives — i.e. elles se débarrassent de leur « vieille » peau sous laquelle se trouve une peau nouvelle et souple qui se tend pour permettre une plus grande croissance. Selon les espèces, le développement larvaire des moustiques comprend généralement quatre stades larvaires, tandis que celui des mouches noires en comprend généralement de sept à neuf. La période de croissance peut s'étendre de quelques jours à plusieurs mois selon la température de l'eau, la nourriture disponible et l'espèce. Arrivées au terme de leur développement, les larves de moustiques se transforment en nymphes mobiles, tandis que les larves de mouches noires tissent sur le substrat un cocon de fils de soie à l'intérieur duquel elles se placent. Les nymphes ne se nourrissent pas. La métamorphose est généralement complétée en quelques jours, après quoi les adultes émergent, passant de la vie aquatique à la vie aérienne. Les premiers adultes à émerger sont généralement les mâles. Ils demeurent dans les environs du site d'émergence et attendent les femelles, avec lesquelles ils s'accouplent presque immédiatement. Suivant les espèces, les pièces buccales des femelles sont structurées pour la prise de sang ou sont, comme celles de tous les mâles, uniquement adaptées à la prise de nectar ou de sève. Par conséquent, seules les femelles piquent. Contrairement à la croyance populaire, les femelles ne meurent pas après avoir piqué une cible. Occasionnellement, une femelle peut prendre deux ou trois repas de sang, donc piquer deux ou trois fois si elle est dérangée durant « son repas ». Une femelle moustique vectrice d’une maladie doit nécessairement piquer deux fois! Les espèces nécessitant un repas sanguin pour la production et la maturation des œufs, c'est-à-dire les espèces hématophages, peuvent passer quelques jours à se nourrir de nectar et de sève avant de trouver un hôte. La digestion du sang et la production d’œufs viables peuvent prendre, selon la température, de trois à une dizaine de jours. Lorsqu’elles seront prêtes, les femelles pondront sur le sol et des surfaces humides ou bien sur ou sous la surface de l'eau selon l'espèce et l'habitat sélectionnés. Bien que certaines espèces puissent hiverner, les femelles vivent généralement de une à quatre semaines, tandis que les mâles ne vivent jamais plus que quelques jours (Bourassa, 2000).

2.2 Le rôle des moustiques et des mouches noires dans l'environnement

Comme tous les insectes aquatiques, les larves de moustiques et de mouches noires sont omnivores. Elles ingèrent des particules organiques provenant de la fragmentation et de la décomposition de matières végétales et animales, des algues, bactéries, diatomées, protozoaires, microchampignons et, dans certains cas, des microinvertébrés. Suivant une classification basée sur la structure des pièces buccales et le comportement déployé pour obtenir leur nourriture, les invertébrés se regroupent selon six grands groupes ou créneaux : les déchiqueteurs (shredders), les collecteurs-filtreurs (filtering-collectors), les collecteurs-ramasseurs (gathering-collectors), les brouteurs (scrapers/grazers), les perceurs (piercers) et les prédateurs (predators/engulfers). Les larves de moustiques et de mouches noires occupent, suivant le stade larvaire, l'espèce et les conditions alimentaires, des positions de collecteurs-filtreurs, collecteurs-ramasseurs, brouteurs et, dans certains cas, de prédateurs.

Dans tout environnement aquatique, on trouve du seston — l'ensemble des particules organiques et inorganiques en suspension dans la colonne d'eau (ex. algues, bactéries, fibres, etc.) — et du périphyton — l'ensemble de la matière organique et inorganique (ex. algues, bactéries, fibres, etc.) formant une pellicule sur les surfaces submergées. Généralement, les larves de moustiques et de mouches noires sont considérées comme ayant un rôle de « convertisseur », transformant une portion des particules de matières organiques de grosseurs ultrafines (0.2 - 50 µm) (note : 1 µm = 1 micromètre = 1/1 000 000 de mètre = 0.000001 m) en particules plus grosses (50 µm - 1 mm) représentées par leurs excréments. Parce que la vitesse à laquelle les aliments transitent dans le tube digestif est grande, la digestion est très partielle et les petites « boulettes » (pellets) ainsi produites conservent une très haute valeur nutritive. Par la suite, ces « boulettes » se fragmentent et retournent à des fractions plus petites. De cette façon, tout comme la multitude d'espèces faisant partie des groupes collecteurs-brouteurs qui sont capables d'ingérer des particules ultrafines, les moustiques et les mouches noires convertissent cette grosseur de particules très abondantes et très nutritives à une dimension plus large qui est dans des fractions de grosseurs plus disponibles pour un plus grand nombre de collecteurs. Bien que les larves de moustiques et de mouches noires contribuent indubitablement comme membres des collecteurs à la transformation du matériel circulant dans un cours d'eau, leur rôle au point de vue quantitatif est généralement considéré comme mineur. Dans tout environnement aquatique, plusieurs autres invertébrés assument aussi ce rôle (ex. certains crustacés, mollusques et insectes).

Comme proies potentielles, les larves de moustiques et de mouches noires ne sont qu'une des constituantes de l'assiette utilisée par les prédateurs aquatiques et terrestres. Mammifères (ex. taupes, musaraignes), oiseaux (ex. canards, goélands, mainates, étourneaux, engoulevents, hirondelles), batraciens (ex. grenouilles, salamandres), poissons (ex. saumons, truites, épinoches, perchaudes, barbues, crapets, ménés, dards, meuniers, chabots), araignées, insectes (ex. odonates, plécoptères, mégaloptères, trichoptères, coléoptères, hyménoptères, diptères) et microinvertébrés (ex. platyhelminthes, sangsues, crustacés) peuvent se nourrir de moustiques et de mouches noires (larves et adultes) (Peckarsky 1984; Crosskey 1990; Davies 1991; Werner et Pont 2003). La majorité des chercheurs s'entendent pour dire que, dans la grande majorité des observations, le contenu stomacal d'un prédateur reflète principalement la disponibilité de la proie. Il en est de même pour les collecteurs-ramasseurs et les déchiqueteurs qui utiliseront les cadavres des moustiques ou des mouches noires comme source de nourriture lorsque l'occasion se présente. Tout organisme vivant a un rôle dans l'écosystème, mais ce rôle n'est qu'à de très rares exceptions tenu par une seule espèce ou même groupe d'individus (Figure 1).

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2.3 La notion de « nuisance » associée aux insectes piqueurs

Plusieurs centaines de moustiques gravitant autour de la tête durant le jour, ou pire, un seul durant la nuit, peuvent chez certaines personnes provoquer un état approchant la panique, tandis que d'autres s'en accommodent plus facilement. Comme le seuil de tolérance varie énormément d'une personne à l'autre, il est donc presque impossible d'établir de façon objective un seuil de nuisance, seuil au delà duquel un traitement insecticide pourrait être envisagé. De plus, il faut distinguer deux aspects dans la nuisance créée par ces insectes. Premièrement, il y a le phénomène de la piqûre même, qui généralement cause une démangeaison locale et un léger érythème (petite bosse à l’endroit de la piqûre) mais qui rarement peut engendrer des réactions allergiques importantes (Leclercq 1987). Deuxièmement, il y a certaines espèces qui peuvent littéralement former un nuage autour d'un individu, se poser partout (sur le linge et la peau à découvert) et souvent s'infiltrer dans les oreilles, le nez, les yeux, etc., mais ce, sans causer de piqûres ou de morsures.

Le plus souvent, on estime un « indice de nuisance » en évaluant avec l'aide d'un filet entomologique, le nombre d’insectes piqueurs (généralement moustiques et mouches noires) attirés par une personne présente dans une zone pendant une période donnée. Cette technique requiert qu'un opérateur unique agite devant lui (après une période d’attente), à vitesse constante, un filet entomologique (pendant un temps déterminé), en suivant une trajectoire ressemblant à un « 8 » horizontal. Le taux de capture ainsi calculé (ex. 153 moustiques/minute) devient cependant plus représentatif de la « nuisance », si ce même opérateur capture les insectes qui gravitent autour d'un individu (l'appât) se tenant debout sans bouger. Dans le but d'éliminer toutes variations occasionnées par les différences entre individus, certains auteurs recommandent l'utilisation de pièges mécaniques ou automatisés de types « non attractifs » (ex. piège collant, piège aspirateur) ou « attractifs » (ex. ces mêmes pièges, mais avec l'emploi d'une source de lumière ou de gaz carbonique) (ex. Fredeen 1961; Thompson 1967; Barnard et Mulla 1977; Service 1987; Service 1993). Ces techniques sont d’une très grande utilité pour mesurer la densité d'insectes piqueurs dans une zone traitée par rapport à un endroit non traité. C’est généralement de cette façon que l’on mesure l’efficacité d’un programme de traitement contre les insectes piqueurs qui causent de la nuisance. Cependant, le choix des sites d'échantillonnage (traités et non traités) est très important, étant donné les très grandes variations de la densité des insectes à l'intérieur d'un périmètre donné. Il faut choisir des sites dans des zones dites « écologiquement semblables » aux fins de comparaison ; un test effectué au milieu du stationnement d’un centre commercial ne donnera pas un résultat comparable à celui qui est effectué près d’un secteur boisé.

Une autre méthode utilisée pour évaluer la nuisance consiste à mesurer le nombre de piqûres par unité de temps sur les bras d'individus témoins. Si on est en présence d'une espèce qui ne pique pas, cette méthode est peu utile. On peut également compter le nombre de larves dans des gîtes. Cependant, cette méthode est très laborieuse et les résultats varient beaucoup en fonction des conditions climatiques et géographiques. De plus, on ne peut déterminer très bien le nombre d'adultes qui émergeront. Peu importe la méthode d'évaluation de la nuisance ou d'un seuil de nuisance, il reste que, présentement, ces mesures sont plutôt subjectives, car elles dépendent beaucoup des individus, du moment de la mesure, de l'attractivité des pièges et de plusieurs autres variables.

En général, la combinaison de l'une de ces mesures avec l'opinion de la population sert à déterminer si la nuisance causée par les moustiques ou les mouches noires a atteint un seuil pouvant nécessiter une intervention. Il y aurait lieu de penser éventuellement à des études d'impact psychosociales (voir Chamber et al. 1986; Kun et al. 1987; et Morris et Clanton 1989, 1991, 1992) en plus des mesures habituelles dans le processus de détermination de la nécessité ou non d'un programme de contrôle. En effet, même si l'ensemble d'une population ne considère pas le niveau de nuisance suffisamment élevé, on peut imaginer que des raisons d'ordre économique ou médical pourraient être un facteur décisionnel important dans l’établissement d’un programme de contrôle. Par exemple, dans certains états des États-Unis, on traite les parcs gouvernementaux pour d'optimiser le potentiel récréo-touristique de ces derniers. De ce cas, on tient compte du fait qu'en général les populations urbaines ont un seuil de tolérance moins élevé que les populations rurales.

Cependant, l’apparition du virus du Nil occidental (VNO) au Québec et ailleurs en Amérique du Nord nous force à mieux saisir le concept de nuisance causée, entre autres, par les moustiques (le VNO est transmis par certaines espèces de moustiques). Quand on parle de « nuisance », on entend par là un ensemble de facteurs de différentes origines rendant la vie malsaine et pénible. On pourrait donc parler d’espèces « nuisantes », en référence à celles qui nous agacent, nous harcèlent par leur comportement, leurs piqûres irritantes et par les réactions allergiques produites chez certaines personnes. D’autres espèces, en plus d’être « nuisantes », devraient être plutôt qualifiées de « nuisibles », car ces espèces sont capables de transmettre une maladie (que se soit d’origine virale, bactérienne ou parasitaire). Dans ce dernier cas, ces espèces portent le nom de vecteurs. Au Canada, on peut considérer les mouches noires comme des espèces « nuisantes », car elles ne transmettent pas de maladie à l’humain. Au Québec, cinq espèces de moustiques ont été trouvées porteuses du virus du Nil et comme vecteurs, elles peuvent être considérées comme des espèces « nuisibles ». En Amérique du Nord, on a dénombré plus de 40 espèces vectrices du VNO et plusieurs font l’objet de traitements basés sur des considérations de protection de la santé publique et non de nuisance.

2.3.1 Les espèces responsables de la nuisance au Québec

Plus de 3 000 espèces de moustiques et 1 550 espèces de mouches noires sont, à ce jour, répertoriées à travers le monde. Environ 70 des 74 espèces de moustiques et à peu près 150 des 175 espèces de mouches noires présentes au Canada sont hématophages (note : les nombres mentionnés ci-haut fluctuent régulièrement au gré des découvertes et des reclassifications effectuées par les entomologistes). Toutefois, sous conditions climatiques normales, relativement peu de ces espèces sont assez nombreuses pour être considérées comme « nuisantes » sur la seule base de l'inconfort occasionné par leur activité hématophage.

Au Québec, environ 57 espèces de moustiques sont présentes. Les espèces considérées comme les plus « nuisantes » sont probablement : Ochlerotatus canadensis, Ochlerotatus communis, Ochlerotatus excrucians, Ochlerotatus punctor, Ochlerotatus riparius, Ochlerotatus stimulans, Coquillettidia perturbans, Culiseta morsitans et Culiseta impatiens. Ces espèces sont printanières et se retrouvent en majorité dans l'ensemble du Québec, de la zone tempérée à la région subarctique. Parmi les espèces les plus susceptibles de développer des populations occasionnant des problèmes de nuisance, on retrouve aussi : Aedes cinerus, Aedes vexans, Ochlerotatus dorsalis, Ochlerotatus hexodontus, Ochlerotatus impiger, Ochlerotatus mercurator, Ochlerotatus sticticus, Ochlerotatus cantator et Ochlerotatus triseriatus. Les larves de cette dernière se retrouvent en abondance dans les vieux pneus et cette espèce occasionne un problème bien particulier. Selon l'espèce, les adultes femelles peuvent parcourir de 50 à100 mètres jusqu’à plus d'une dizaine de kilomètres pour obtenir un repas sanguin. Ces déplacements sont influencés par la présence de vents, la topographie du terrain et la disponibilité de la proie. En général, un moustique en milieu urbain se déplace beaucoup moins qu’en milieu rural.

Environ 72 espèces de mouches noires sont présentes au Québec. Parmi celles-ci, seulement quelques espèces peuvent être considérées comme « nuisantes », mais certaines des espèces sont des complexes (i.e. groupes dont les espèces sont confondues); Prosimulium mixtum, Simulium truncatum et Simulium venustum (complexe) (les « pattes-blanches ») sont celles qui occasionnent régulièrement des problèmes de nuisance ; dans les premières semaines du printemps pour les premières et durant les mois de juin et début juillet, pour les autres. Parmi les espèces les plus susceptibles de développer de fortes populations occasionnant des problèmes de nuisance, on retrouve : Simulium decorum, Simulium jenningsi, Simulium vittatum (complexe) et plus rarement Simulium parnasum. Les mouches noires, grâce à leur constitution robuste, sont mieux adaptées que les moustiques pour effectuer de longs vols, et les femelles peuvent parcourir plusieurs dizaines de kilomètres pour obtenir un repas sanguin. D’habitude, elles se déplacent de quelques kilomètres seulement. Exceptionnellement ces déplacements peuvent s'étendre jusqu'à une centaine de kilomètres en présence de vents.

   


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