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Le Bacillus thuringiensis israelensis et le contrôle des insectes piqueurs au Québec

4. Le contrôle

4.1 Paramètres influençant l'efficacité du Bti

4.1.1 Paramètres influençant l'efficacité du Bti chez les moustiques
4.1.2 Paramètres influençant l'efficacité du Bti chez les mouches noires

4.2 Préalables à l'utilisation efficace et sécuritaire d'insecticides
4.3 Le contrôle des insectes piqueurs par d’autres méthodes

Figure 6 : Principaux facteurs opérationnels, biologiques et environnementaux pouvant influencer l'activité toxique des cristaux de Bacillus thuringiensis var. israelensis sur les larves de moustiques et de mouches noires

4. Le contrôle

Au Québec, seul le Bacillus thuringiensis var. israelensis est utilisé pour le contrôle des larves de moustiques et de mouches noires. La fréquence d'utilisation varie d'une année à l'autre selon les demandes de la clientèle. En vertu du Règlement relatif à l'application de la Loi sur la qualité de l'environnement (art.2, 100 d), les travaux comportant l'utilisation de pesticides dans un milieu aquatique pourvu d'un exutoire superficiel vers un bassin hydrographique doivent être autorisés au préalable par le ministère de l'Environnement du Québec. Le nombre de projets nécessitant une autorisation du ministère a substantiellement augmenté depuis 1990, passant de 5-6 à plus de 25 en 2003. Au début, les demandes de traitements larvicides provenaient principalement des chantiers hydroélectriques, des secteurs miniers, de villes situées dans les zones avec une forte nuisance (Abitibi, Côte-Nord). Au cours des années, se sont rajoutés des villes et villages à vocation touristique. Dans le cadre de deux premiers plans d’intervention de protection de santé publique contre le VNO (années 2002 et 2003), une bonne partie du grand Montréal métropolitain a été traité au Bti et au méthoprène (dans les puisards de rues), dans le but de réduire les populations de moustiques vecteurs de la maladie. Les traitements utilisent diverses formulations (liquide et granules) à base de Bti et se déroulent de mai à septembre.

4.1 Paramètres influençant l'efficacité du Bti

Figure 6 - Principaux facteurs opérationnels, biologiques et environnementaux pouvant influencer l'activité toxique des cristaux de Bacillus thuringiensis var. israelensis sur les larves de moustiques et de mouches noires
Cliquez pour agrandir - Figure 6 : Principaux facteurs opérationnels, biologiques et environnementaux pouvant influencer l'activité toxique des cristaux de Bacillus thuringiensis var. israelensis sur les larves de moustiques et de mouches noires

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Comme expliqué dans le chapitre précédent, plusieurs étapes sont nécessaires à l'obtention d'un effet toxique occasionné par des cristaux de Bacillus thuringiensis var. israelensis, particulièrement l'ingestion et la digestion de ces cristaux. Ces deux étapes sont directement liées à l'activité comportementale et physiologique de l'insecte. Cependant, l'ingestion des cristaux est aussi directement rattachée à plusieurs facteurs limitant leur disponibilité (Figure 6). Puisque les cristaux doivent être digérés et que les segments toxiques résultants doivent se fixer sur les cellules du tube digestif pour induire l'effet toxique, le transit intestinal — c'est-à-dire le temps pris par une masse de nourriture pour passer de la bouche à l'anus — et le niveau d'activité enzymatique sont des éléments clefs de l'effet toxique La vitesse à laquelle un volume de nourriture se déplace à l'intérieur du tube digestif (moustiques ou mouches noires) ne dépend que d'un seul facteur : la quantité de matériels ingérée. Le déplacement est induit presque uniquement par paquetage — le matériel fraîchement ingéré « pousse » le matériel déjà ingéré. C'est donc dire que, lorsque les larves de moustiques et de mouches noires cessent d'ingérer, la masse alimentaire ne se déplace que très lentement et, qu'à l'inverse, l'ingestion rapide et l'ingestion de grosses particules induisent une vitesse de transit plus rapide. Les larves de moustiques et de mouches noires ne sélectionnent pas vraiment la nourriture qu'elles ingèrent, elles ne peuvent qu'ajuster la vitesse à laquelle elles filtrent selon, entre autres, la densité et la palpabilité des particules rencontrées. Contrairement aux larves de mouches noires, les larves de moustiques peuvent ingurgiter des quantités importantes d'eau. Une petite larve de 15 mm est capable de filtrer plus de 5 ml d’eau par jour (une cuillerée à thé!).

En général, les taux d'ingestion diminuent lorsque les températures se rapprochent des limites inférieures et supérieures sur l'échelle des températures à laquelle les différentes espèces sont adaptées. En moyenne, le transit intestinal des larves de moustique et de mouches noires est d'environ 30 minutes. Sous une condition optimale de température et de nourriture, le transit intestinal peut être réduit à 10 minutes ou moins. Tant qu'à l'activité enzymatique, elle dépend presque exclusivement de la température. Ainsi, à un niveau fixe d'activité enzymatique, un transit intestinal trop rapide, ou la présence trop importante de particules autres que les cristaux de Bti, n'allouerait pas suffisamment de temps pour permettre l'activation et l’action toxique des cristaux contenus dans une masse d'aliment (le bol alimentaire) ou un certain volume d'eau ingéré. En conséquence, les paramètres qui influencent le transit intestinal et l'activité enzymatique vont influencer l'activité toxique des cristaux de Bti.

La disponibilité des cristaux de Bti, pour l'ensemble des organismes vivants dans l'habitat traité, dépend initialement de la quantité appliquée et du temps d'exposition — c'est-à-dire le temps où ils sont en présence des cristaux. Par la suite, des phénomènes comme l'adsorption (ex. cristaux se « collant » sur la végétation), la sédimentation (ex. cristaux se déposant lentement sur le fond à cause de leur masse ou parce qu'ils se sont adsorbé à des particules plus pesantes) et la filtration (ex. cristaux retenus dans le lit d'une rivière ou ingérés par d'autres invertébrés filtreurs) peuvent affecter la disponibilité. La précision avec laquelle les cristaux sont délivrés aux insectes cibles influence aussi leur disponibilité (ex. l'utilisation d'une formulation flottante pour exposer le plus longtemps possible aux cristaux, une espèce de moustiques se nourrissant principalement à la surface d'une mare). En conséquence, les paramètres affectant les conditions de traitement et les caractéristiques physiques du milieu vont influencer l'activité toxique des cristaux de Bti (Figure 6).

En plus d'être influencée par les paramètres de traitement, l'activité toxique des cristaux de Bti est assujettie à une variété de facteurs biologiques et environnementaux rencontrés dans l'habitat naturel des larves de moustiques (étang et eau stagnante) et de mouches noires (eau courante). L'influence de ces paramètres a fait l'objet de plusieurs études en laboratoire et sur le terrain. Bien qu'une bonne partie de ces recherches aient été conduites en régions tropicales, puisqu'elles visaient le contrôle d'espèces vectrices de maladies infectieuses comme la malaria et l'onchocercose, il existe quand même de l’information sur l'efficacité des cristaux de Bti en régions plus nordiques, comme le Québec. Nous ne rapportons ici qu'un sommaire des principaux paramètres biologiques et environnementaux déterminés par ces études.

4.1.1 Paramètres influençant l'efficacité du Bti chez les moustiques

Espèces : les espèces de moustiques démontrent différents niveaux de susceptibilité aux cristaux de Bti. En général, les larves de Culex sont les plus susceptibles, les larves d'Aedes et d’Ochlerotatus sont autant ou légèrement moins susceptibles et les larves d'Anopheles sont les plus résistantes lorsqu'elles sont exposées à la même quantité de cristaux de Bti. Cette différence de susceptibilité, aussi présente à l'intérieur d'un même genre (ex. les espèces appartenant aux genres Culex, Aedes, Ochlerotatus ou Anopheles), serait causée par des variations comportementales (Aly et al. 1988) et physiologiques des différentes espèces, mais elle est clairement reliée au comportement des cristaux dans l'environnement (Aly et Mulla 1986; Rashed et Mulla 1989, Mulla 1990). Par exemple, les larves de Culex et d'Aedes se nourrissent activement à travers toute la colonne d'eau d'une mare. Puisque les cristaux de Bti sédimentent lentement, les larves de ces deux genres sont donc en position d'ingérer une quantité létale de cristaux durant cette période. Par comparaison, les larves d'Anopheles, qui se nourrissent principalement à la surface d'une mare, n'auront peut-être pas le temps d'ingérer la quantité létale de cristaux puisque ceux-ci se déposent sur le fond de la mare. Une formulation adéquate peut cependant modifier cette susceptibilité relative. Les larves d'Anopheles démontrent un plus haut taux de mortalité si les cristaux de Bti sont livrés par une formulation flottante (Cheung et Hammock 1985; Aly et al. 1987). Bien qu'une différence quant au type et au nombre de « récepteurs » puisse exister entre les diverses espèces de moustiques (Becker et Margalit 1993), le comportement alimentaire — la façon dont les différentes espèces de moustiques s'alimentent — serait l'une des causes principales des variations de susceptibilité observées. D’après Mahmood (1998), les larves d’Anopheles ingèrent 10 fois moins de nourriture par unité de temps que les larves d’Aedes. Ceci expliquerait, en partie, la différence de sensibilité de ces deux espèces envers le Bti.

Stades larvaires : généralement, chez la plupart des espèces étudiées, les larves les plus jeunes sont plus susceptibles que les plus âgées. En vieillissant, les larves deviennent significativement moins susceptibles à la même quantité de cristaux de Bti : en général, des larves de stade II sont 1,5 à 5 fois plus susceptibles que des larves de stade IV (Mulla 1990; Nayar et al. 1999). Les larves de stade IV ne se nourrissent que très peu, car elles commencent la nymphose (stade où la métamorphose au stade adulte se produit). Tout comme les larves en phase de mue (le passage d'un stade larvaire à un autre), les nymphes sont totalement insensibles aux cristaux de Bti puisqu'elles ne s'alimentent pas. Comme il existe toujours une partie de la population en phase de mue (l’éclosion des œufs et le développement larvaire sont non synchrones pour plusieurs espèces), un traitement larvicide ne peut donc induire la mortalité chez 100 % de la population. De même, un traitement tardif sur une population en nymphose ne produira que des résultats mitigés.

Température : habituellement, une même quantité de cristaux de Bti induit un taux de mortalité inférieur en eau froide qu'en eau chaude (Becker et Margalit 1993, Nayar et al. 1999). Cette baisse de toxicité est imputable à une réduction de l'activité métabolique (réduction de l'ingestion et de l'activité enzymatique) observée lorsqu'un insecte est exposé à des températures s'approchant de la température minimale à laquelle on le retrouve normalement dans l'environnement. Il est à noter qu'à basses températures, certaines formulations démontrent un faible taux de mélange et de dispersion, ce qui réduit la disponibilité des cristaux de Bti.

Intensité lumineuse : généralement, une luminosité trop intense (ex. à midi, lorsque le soleil est au zénith dans un ciel sans nuage) réduit l'activité larvicide des cristaux de Bti (Becker et al. 1992; Becker et Margalit 1993). L'intensité lumineuse est un facteur affectant le comportement larvaire.

Densité larvaire : pour obtenir la même mortalité (ex. 90 % de la population), une quantité plus élevée de cristaux de Bti est nécessaire lorsque le nombre de larves par unité de volume est élevé. Habituellement, pour obtenir le même taux de mortalité, une mare contenant une densité larvaire élevée (50-100 larves/litre) devra être traitée avec 1,5 à 2 fois plus de produit qu'une mare contenant une faible densité larvaire (5-20 larves/litre) (Mulla et al. 1982b; Becker et Ludwig 1983; Aly et al. 1988; Nayar et al. 1999). La présence élevée d'invertébrés se nourrissant également de particules en suspension (ex. certains crustacés et mollusques) peut aussi induire le même effet (Becker et Margalit 1993). Dans la pratique, les dosages sont déterminés en fonction de la surface à traiter et non de la densité larvaire. On assume donc toujours une densité maximale de larves présentes dans le milieu à traiter.

Présence de particules et de pollution organique : généralement, plus l'habitat contient de la matière organique et des matières colloïdales (petites particules de « gelée » provenant de l'agglutination de produits dissous) en suspension, plus la quantité de cristaux de Bti doit être élevée pour le même taux de mortalité (Ramoska et al. 1982; Margalit et Bobroglio 1984). L'adsorption des cristaux sur des particules, suivie d'une précipitation lente, diminue la disponibilité des cristaux de Bti. De plus, les larves exposées à des concentrations élevées de particules « nutritives » peuvent démontrer des taux d'ingestion réduits, ce qui suggère qu'elles auraient atteint le taux de satiété — elles seraient rassasiées (Mulla et al. 1990); par conséquent, les larves vont ingérer moins de cristaux causant ainsi une diminution de la mortalité.

Présence de pollution non organique : la présence d'une concentration élevée en chlore et en fer semble réduire l'activité toxique des cristaux de Bti (Purcell 1981; Sinègre et al. 1981; Car et de Moor 1984). La présence de pollution organique réduit aussi l'activité toxique (Becker et Margalit 1993).

Profondeur de l'eau : habituellement, à superficie égale, plus une mare est profonde, plus la quantité de cristaux de Bti doit être élevée pour induire le même taux de mortalité. Puisque les larves de plusieurs espèces de moustiques se nourrissent près de la surface, l'efficacité des différentes formulations est influencée par la disponibilité des cristaux de Bti dans les premiers 10 cm de la surface d'une colonne d'eau (Becker et Margalit 1993).

Présence de courants : dans une mare, la présence d'un apport d'eau substantiel diminue la disponibilité des cristaux de Bti en induisant une dilution (réduction du nombre de cristaux par volume d'eau) et en déplaçant la masse d'insecticide hors de la zone traitée.

Couvert végétal : la présence de végétation en périphérie et au-dessus d'une mare peut intercepter les formulations de types liquides pulvérisées, poudres ou granules lors de leur application, ce qui réduit la disponibilité des cristaux de Bti. Concrètement, il existe des formulations de granulosités variables pour faire face aux différents types de couvert végétal.

4.1.2 Paramètres influençant l'efficacité du Bti chez les mouches noires

Espèces : les espèces de simulies démontrent différents niveaux de susceptibilité aux cristaux de Bti (Molloy et al. 1981; Lacoursière et Charpentier 1988). Généralement, les espèces les plus grosses semblent relativement moins susceptibles que les espèces de petites tailles (Molloy et al. 1981; Molloy 1990).

Stades larvaires : habituellement, chez la plupart des espèces étudiées, les larves les plus jeunes (stades I, II, III et IV) sont plus susceptibles que les plus âgées (stades V, VI et VII) (Guillet et Escaffre 1979; Guillet et al. 1982; Olejnicek 1986, Morin et al. 1988b). Les larves de stade VII ne se nourrissent que très peu ou même pas, car elles commencent la nymphose. Tout comme les larves en phase de mue, les nymphes sont totalement insensibles aux cristaux de Bti puisqu'elles ne se nourrissent pas. Comme chez les moustiques, une partie de la population est toujours en phase de mue, il est donc presque impossible d'induire 100 % de mortalité dans la population cible (Back et al. 1985). De même, un traitement tardif sur une population en nymphose ne produirait que des résultats mitigés.

Température : généralement, une même quantité de cristaux de Bti induit un taux de mortalité inférieur en eau froide (ex. 0,5° C) qu'en eau chaude (ex. 22° C) (Molloy et al. 1981; Olejnicek 1986; Lacoursière et Charpentier 1988). Cette baisse d'efficacité n'est pas linéaire : pour une même quantité de cristaux, les larves de Simulium decorum démontrent une baisse rapide de susceptibilité entre 18° et 12° C, tandis que les larves du complexe Prosimulium mixtum démontrent la même baisse entre 12° et 4° C (Lacoursière et Charpentier 1988). Cette baisse d'efficacité est liée au ralentissement des activités comportementales (ex. ingestion intermittente) et physiologiques (ex. réduction de l'activité enzymatique) observé lorsqu'un insecte se retrouve à des températures près du minimum auquel il se développe normalement dans l'environnement (Olejnicek et al. 1985; Lacoursière et Charpentier 1988; Molloy 1990). À très basses températures (ex. lors du traitement des populations printanières), afin de s'assurer qu'une quantité létale de cristaux de Bti est ingérée, la dose maximale épandue sur une longue période est recommandée, en raison du ralentissement des activités comportementales et du faible taux de dispersion de la majorité des formulations démontrées à des températures se rapprochant du point de congélation.

Utilisant une nouvelle méthode permettant la comparaison entre diverses formulations dans un même cours d’eau, Boisvert et al. (2001a) ont démontré que la température de l’eau jouait un rôle important dans l’évaluation de l’efficacité de la mortalité larvaire, en rivières. Mais les formulations (de même force contre les moustiques) variaient dans leur efficacité à partir du point d’application de la formulation (Boisvert et al. 2001b).

Le pH : démontrée en laboratoire seulement, l'activité toxique des cristaux de Bti diminue avec une acidification du milieu et cet effet est plus marqué à basses températures (Lacoursière et Charpentier 1988).

Présence de végétation : la présence de végétation, comme les plantes macrophytes et les tapis d'algues et de mousses sur les différents substrats, diminue l'activité toxique des cristaux de Bti en réduisant leur disponibilité par adsorption et capture (filtration) (Undeen et al. 1984, Back et al. 1985; Tousignant et al. 1993).

Turbidité : la présence de particules en suspension dans l’eau diminue l'activité toxique des cristaux de Bti en réduisant leur disponibilité par adsorption (les cristaux adhèrent sur des particules trop grosses pour être ingérées), ou par interférence (la probabilité que les cristaux soient ingérés est diminuée par la présence des particules). Il semble que cette influence serait plus intense avec des formulations produisant de grosses particules (Guillet et al. 1985a et 1985 b, Molloy 1990). De plus, la présence d'une grande concentration de particules « nutritives » (ex. pollution organique) peut induire un taux d'ingestion réduit. Ce ralentissement suggérerait que les larves seraient rassasiées. Dans un cours d’eau, plus la turbidité est élevée plus on doit mettre de Bti pour exercer un excellent contrôle.

Débit du cours d’eau : généralement, plus le débit (volume d’eau par unité de temps) est élevé, plus la portée des cristaux de Bti est grande (Boisvert et al. 2001c). La portée d'un insecticide est définie comme étant la distance sur laquelle l'activité toxique se maintient à un niveau semblable à celui obtenu immédiatement sous le point d'application. La vitesse du courant détermine la période de temps durant laquelle les cristaux de Bti sont disponibles pour ingestion. D’après Boisvert et al. (2002), une formulation peut avoir une meilleure portée qu’une autre dans une rivière à fort débit, mais l’inverse peut se produire quand les formulations sont testées dans une rivière à faible débit.

Profil du cours d'eau : habituellement, plus le rapport entre la surface du lit d'un cours d'eau et son volume est grand, plus la portée des cristaux de Bti est courte (Molloy 1990), et ce, possiblement en raison de la plus grande surface de contact disponible par unité de volume. La présence de relief créant des zones rapides et lentes semble diminuer la portée des cristaux par induction de circulation d'eau à travers le lit et les berges du cours d'eau, c'est-à-dire dans la zone communément appelée l'hyporhéique (Triska et al. 1989; Vought et al. 1991; Boisvert et al. 2002). Une étude a démontré la présence de cristaux de Bti à 65 cm sous le lit du cours d'eau, indiquant que l'apparition des cristaux dans le substrat de sable et de petites roches survenait très rapidement et que la perte d'insecticides dans la zone hyporhéique s'élevait à près de 35 % sur une distance de 195 m (Tousignant et al. 1993). La « filtration » des cristaux de Bti engendrée par la circulation dans la zone hyporhéique diminue donc la disponibilité de ces derniers pour les larves de mouches noires. Les cours d’eau avec une faible zone hyporhéique (en général, les gros cours d’eau) vont permettre une portée beaucoup plus longue (Boisvert et al. 2002).

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4.2 Préalables à l'utilisation efficace et sécuritaire d'insecticides

Comme nous venons de le constater, l'efficacité d'un insecticide « stomacal » — i.e. d'un produit nécessitant son ingestion — dépend beaucoup plus que du simple geste de déverser un produit dans un milieu cible. Les traitements contre les moustiques sont très différents de ceux des mouches noires, en raison de la grande variabilité d’un cours d’eau pendant une seule saison. En plus de savoir manipuler de façon sécuritaire un tel produit insecticide (en vertu de la Loi sur les pesticides du ministère de l'Environnement du Québec, il est obligatoire d'obtenir un certificat sur la manipulation et la sécurité d'emploi des produits insecticides), un utilisateur doit comprendre son mode d'action, mais surtout bien connaître le comportement de l'organisme cible et les paramètres environnementaux les influençant. Les connaissances sur l'écologie des organismes cibles et sur le mode d'action du produit utilisé sont, à notre avis, indispensables pour rationaliser l'utilisation de ces pesticides et, ainsi, diminuer les quantités utilisées.

4.3 Le contrôle des insectes piqueurs par d’autres méthodes

Depuis un certain nombre d’années, on entend de plus en plus parler de méthodes « alternatives » pour contrôler les populations larvaires et adultes des insectes piqueurs. On va même jusqu’à avancer le terme « méthodes écologiques » pour bien différencier ces méthodes de celles qui sont utilisées en lutte biologique et en lutte chimique. Les « méthodes écologiques » (qui sont de nature très biologique) font appel à des prédateurs, des pathogènes, des parasites qui naturellement s’attaquent soit aux larves ou aux adultes. Au Québec, on avance l’idée d’utiliser des prédateurs, l’utilisation de pathogènes ou de parasites étant beaucoup plus complexe. Naturellement, les prédateurs de larves d’insectes piqueurs (moustiques et mouches noires) sont beaucoup plus efficaces que les prédateurs d’insectes adultes. Puisque les larves sont confinées dans leurs gîtes de reproduction, elles sont faciles d’accès pour le prédateur. Cependant, les adultes sont très dispersés, ce qui rend la prédation plus difficile. Récemment, Becker et al. (2003) faisaient état de la situation qui prévaut actuellement en ce qui a trait à l’efficacité et à l’utilité réelle de ces méthodes. Les oiseaux (hirondelle, merle bleu), les chauves-souris et les poissons ou autres prédateurs larvivores semblent avoir la faveur d’un certain public. Mais qu’en est-il au juste?

Même si l’on sait que les oiseaux se nourrissent d’insectes, les spécialistes ne considèrent pas les oiseaux comme de bons prédateurs des adultes moustiques et mouches noires. Leur rôle est peu significatif, car souvent les périodes d’activité du prédateur et de la proie ne se chevauchent pas. Les oiseaux insectivores sont actifs le jour, contrairement aux moustiques. Bien qu’en grand nombre dans certaines régions au Québec, les insectes piqueurs sont présents de façon temporaire et sporadique (heureusement pour les humains). Dans le meilleur des cas (en haute saison!), les moustiques représentent moins de 5 % de la nourriture pour les oiseaux (Bourassa 2000).

Contrairement aux oiseaux, les chauves-souris se nourrissent durant la période d’activités des moustiques et pourraient être considérées comme de bons prédateurs, mais jusqu’à quel point les animaux peuvent-ils contrôler les populations de moustiques? Des études sur la diète des chauves-souris soulignent que les moustiques ne représentent que 3-4 % du bol alimentaire (Arnold et al. 2000 cité dans Becker et al. 2003).

La relation prédateur-proie est un phénomène complexe, mais chose certaine, le rendement énergétique y joue un rôle crucial. Grâce à leur mode de vie et leur comportement, les moustiques et mouches noires ne sont pas de bonnes proies, leur valeur énergétique étant très faible par rapport à celle d’un papillon de nuit ou d’une grosse libellule.

Le contrôle des larves contrairement à celui des adultes semble, à première vue, plus facilement réalisable ; les larves, confinées dans leur gîte, sont généralement en présence des prédateurs, alors que dans certains gîtes artificiels ou temporaires, il n’y a pas ou peu de prédateurs. Peu importe la période du jour, certains prédateurs sont capables de bouffer de grandes quantités de larves pour se nourrir. En général, les gîtes bien nantis en prédateurs de larves ne produisent que très peu de moustiques adultes (Becker et al. 2003). Il existe un petit nombre d’espèces de poissons larvivores, capables d’exercer un contrôle des larves de moustiques. Leur utilisation à grande échelle a donné un certain succès, mais ces poissons exogènes sont devenus une peste dans le milieu naturel en s’alimentant sur d’autres espèces en l’absence de larves de moustiques, rendant précaire la situation écologique des ces espèces. Ce constat est suffisamment troublant pour que l’Organisation mondiale de la santé ne recommande plus l’utilisation de certains poissons larvivores dans les programmes de lutte contre les moustiques vecteurs de maladie (Becker et al. 2003).

Dans le cadre du programme de lutte contre le virus du Nil, le ministère de la Santé et des Services sociaux recommande l’utilisation de poissons larvivores dans les jardins d’eau qui potentiellement peuvent devenir d’excellents producteurs de moustiques. Il serait surprenant que l’ajout de quelques « poissons rouges » ou de « guppies » puisse contrôler les populations de moustiques dans de grandes mares. Toutefois, en ce qui a trait aux petits bassins pouvant se transformer en gîtes à moustiques, les poissons larvivores sont une bonne solution écologique.

À plusieurs endroits en Amérique du Nord, on a tenté de faire le contrôle des insectes piqueurs adultes, principalement les moustiques, par l’installation de nichoirs appropriés. À ce jour, les succès se font attendre, alors que les plaintes de citoyens envahis par des hordes de chauves-souris abondent.

Plusieurs autres moyens peuvent être utilisés pour se protéger contre les piqûres des moustiques et des mouches noires. À cet effet, l’annexe 2 de ce document, Bourassa (2000) et Bourassa et Boisvert (2004) donne de l’information sur la protection personnelle et les « nouveaux produits » sur le marché.

     


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