Rapport sur l'état de l’eau et des écosystèmes aquatiques au Québec

Quels sont les effets sur vous?

Les milieux humides sont reconnus mondialement pour l’importance de leurs fonctions et les nombreux services qu’ils offrent à l’être humain. Ces services sont très diversifiés, allant de l’alimentation en eau, à la régulation des crues et à la production de nourriture jusqu’aux plaisirs récréatifs. Ainsi, toute perte ou perturbation de milieux humides a indubitablement des répercussions sur les services que ces milieux offrent et, conséquemment, sur le bien-être qu’en retire la société québécoise tant sur le plan de la santé et de la sécurité que sur le plan socioéconomique.

Avec les pertes de milieux humides viennent les pertes de services écologiques

À l’échelle de la planète, les modifications apportées aux écosystèmes ont été bénéfiques pour le bien-être de l’humain, notamment en favorisant le développement économique des sociétés1. Ces transformations ont permis de satisfaire les besoins croissants des populations, notamment en eau et en nourriture. L’agriculture, la pêche et l’exploitation forestière ont été des supports essentiels aux stratégies de développement du Québec. Toutefois, ces gains ont été acquis au prix d’une dégradation, voire d’une perte de nombreux milieux humides. Dans les Basses-terres du Saint-Laurent, 19 % des milieux humides auraient été perturbés ou perdus entre 1990 et 20112.

Or, toute intervention humaine directe ou indirecte sur les milieux humides a des répercussions sur les services écologiques qu’offrent ces écosystèmes. Les services écologiques représentent les bénéfices que les humains peuvent tirer, directement ou indirectement, des écosystèmes pour assurer leur bien-être1. Ils sont généralement divisés entre quatre grandes catégories : les services d’approvisionnement, les services de régulation, les services socioculturels et les services de support13.

Les services d’approvisionnement correspondent à des produits « finis » que procurent les milieux humides, comme de la nourriture tels les poissons et les fruits, des fibres et du combustible tels la tourbe et le bois. Les services de régulation réfèrent notamment à la régulation du climat, à la régulation des inondations ainsi qu’aux capacités de purification de l’air et de filtration de l’eau des milieux humides. Les services socioculturels sont associés aux biens non matériels fournis par les milieux humides à travers leurs attraits touristiques, pédagogiques, religieux ou spirituels. Enfin, les services de support correspondent aux processus de base nécessaires au fonctionnement même des milieux humides, comme la production primaire ou la constitution des sols. Ces services ne sont pas directement utilisés par l’homme, mais des perturbations internes aux milieux humides peuvent indirectement affecter les autres types de services écologiques.

Un peu plus de 60 % des services écologiques offerts par les écosystèmes planétaires, y compris les milieux humides, seraient en voie d’être détériorés par les activités humaines1. Cette dégradation des services écologiques pourrait même s’accentuer de manière considérable avec les changements climatiques anticipés1. Or, notre bien-être dépend de la capacité des écosystèmes à fournir ces services écologiques de manière permanente.

Les pertes de services écologiques ont un effet sur la qualité de vie

L’information disponible pour évaluer les conséquences des pertes et perturbations de services écologiques fournis par les milieux humides sur le bien-être de la population québécoise est limitée. Il est en effet difficile de chiffrer, voire d’estimer l’influence de ces changements. Cependant, les grandes lignes des effets néfastes de la dégradation des services écologiques offerts par les milieux humides sur la sécurité, la santé, les relations sociales ainsi que sur les économies locales et nationales peuvent être tracées.

Ainsi, la sécurité des populations est en partie liée à la capacité qu’ont les milieux humides à atténuer la vulnérabilité de ces mêmes populations face à des stress naturels, comme les phénomènes d’érosion, d’inondation ou de submersion. En stabilisant les sols, la végétation des marais ou des marécages freine en effet ces phénomènes.

La disparition des milieux humides peut en outre engendrer des risques pour la santé des populations. Souvent comparés à des reins, ces écosystèmes contribuent de plus à filtrer l’eau, assurant à la population une eau de bonne qualité à des fins de consommation domestique, agricole ou industrielle. Lieu de villégiature et de repos, ces espaces naturels favorisent le bien-être psychosocial et la santé mentale. Par ailleurs, une grande variété de plantes, comme le riz sauvage ou le bleuet, d’oiseaux, de poissons et de crustacés vivant dans les milieux humides peuvent être consommés par l’être humain.

L’impact de la perte de services socioculturels des milieux humides revêt une grande importance pour certaines personnes. Les paysages singuliers offerts par les complexes de milieux humides représentent en effet un patrimoine culturel majeur et peuvent également être étroitement associés à des croyances religieuses ou culturelles. Le territoire du lac Saint-Paul, à Bécancour, par exemple, représente pour les Abénaquis un lieu ancestral d’importance4. Par ailleurs, les milieux humides sont une source inépuisable d’observation et d’étude de la nature et de son fonctionnement.

Les milieux humides soutiennent une importante activité économique. Aussi, la perte de ces écosystèmes entraîne des coûts accrus pour la société sur le plan du traitement de l’eau, de la santé, de l’irrigation, du transport de l’eau et de l’approvisionnement en eau ainsi qu’une baisse de revenus liés aux activités touristiques. Pour les individus, ces pertes peuvent se traduire par des hausses des coûts d’assurance en raison d’une augmentation des risques d’inondation ou d’une diminution de la valeur foncière des propriétés5.

Les coûts relatifs à la perte de milieux humides peuvent être estimés en attribuant aux services écologiques rendus par ces écosystèmes une valeur monétaire. Cette dernière est associée à leur usage direct, comme la production de tourbe ou la récolte de petits fruits, et à leur usage intangible ou non marchand, comme leur capacité à filtrer l’eau. Au Québec, des études récentes ont permis d’attribuer des valeurs monétaires à des milieux humides situés dans différentes régions du Québec. Ainsi, pour la Ceinture verte de Montréal, qui s’étend jusqu’au lac Saint-Pierre, la valeur des services écologiques rendus par l’ensemble des milieux humides a été évaluée à 611,2 M$/an6. Dans le bassin versant de la rivière Yamaska, cette valeur a été estimée entre 17 879 $/ha/an et 18 965 $/ha/an, alors que dans le bassin versant de la rivière Bécancour, elle s’élève entre 10 602 $/ha/an et 14 063 $/ha/an5. Il est mondialement reconnu que les milieux humides sont parmi les écosystèmes produisant en moyenne la plus grande valeur monétaire de services écologiques par hectare7.

Références

1 – MILLENNIUM ECOSYSTEM ASSESSMENT. 2005. Ecosystem and Humain Well-Being, Synthesis. Washington, D.C, Island Press, 160 p. [En ligne]. [http://www.millenniumassessment.org/documents/document.356.aspx.pdf].

2 – PELLERIN, S. et M. POULIN. 2013. Analyse de la situation des milieux humides au Québec et recommandations à des fins de conservation et de gestion durable, 2e édition. Centre de la science et de la biodiversité du Québec, 104 p. [En ligne]. [http://www.mddelcc.gouv.qc.ca/eau/rives/Analyse-situation-milieux-humides-recommandations.pdf].

3 – UICN FRANCE. 2012. Panorama des services écologiques fournis par les milieux naturels en France – volume 1 : contexte et enjeux. Paris, France, 47 p. [En ligne]. [http://www.uicn.fr/IMG/pdf/Brochure_Panorama_des_services-vol1.pdf].

4 – Informations fournies pour le rapport en 2014 par le ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, Direction de l’écologie et de la conservation, Service des aires protégées.

5 – REVERET, J.‑P. 2013. L’évaluation économique des biens et services écosystémiques dans un contexte de changements climatiques. Un guide méthodologique pour une augmentation de la capacité à prendre des décisions d’adaptation. Ouranos, 218 p. [En ligne]. [http://www.ouranos.ca/media/publication/277_RapportReveret2013.pdf].

6 –GROUPE AGECO. 2013. Le capital écologique du grand Montréal : une évaluation de la valeur économique de la biodiversité des écosystèmes de la ceinture de Montréal. Fondation David Suzuki et Nature-Action Québec, 61 p. [En ligne]. [http://www.davidsuzuki.org/fr/publications/telechargements/2012/Rapport%20Ceinture%20Verte_BSE_FDS_web_Fev2013.pdf].

7 – CIMON-MORIN, J. 2013. « Les milieux humides : pour une meilleure qualité de vie ». Vecteur Environnement, p. 17‑19.

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 Références

1 – MILLENNIUM ECOSYSTEM ASSESSMENT. 2005. Ecosystem and Humain Well-Being, Synthesis. Washington, D.C, Island Press, 160 p. [En ligne]. [http://www.millenniumassessment.org/documents/document.356.aspx.pdf].

2 – PELLERIN, S. et M. POULIN. 2013. Analyse de la situation des milieux humides au Québec et recommandations à des fins de conservation et de gestion durable, 2e édition. Centre de la science et de la biodiversité du Québec, 104 p. [En ligne]. [http://www.mddelcc.gouv.qc.ca/eau/rives/Analyse-situation-milieux-humides-recommandations.pdf].

3 – UICN FRANCE. 2012. Panorama des services écologiques fournis par les milieux naturels en France – volume 1 : contexte et enjeux. Paris, France, 47 p. [En ligne]. [http://www.uicn.fr/IMG/pdf/Brochure_Panorama_des_services-vol1.pdf].

4 – Informations fournies pour le rapport en 2014 par le ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, Direction de l’écologie et de la conservation, Service des aires protégées.

5 – REVERET, J.‑P. 2013. L’évaluation économique des biens et services écosystémiques dans un contexte de changements climatiques. Un guide méthodologique pour une augmentation de la capacité à prendre des décisions d’adaptation. Ouranos, 218 p. [En ligne]. [http://www.ouranos.ca/media/publication/277_RapportReveret2013.pdf].

6 –GROUPE AGECO. 2013. Le capital écologique du grand Montréal : une évaluation de la valeur économique de la biodiversité des écosystèmes de la ceinture de Montréal. Fondation David Suzuki et Nature-Action Québec, 61 p. [En ligne]. [http://www.davidsuzuki.org/fr/publications/telechargements/2012/Rapport%20Ceinture%20Verte_BSE_FDS_web_Fev2013.pdf].

7 – CIMON-MORIN, J. 2013. « Les milieux humides : pour une meilleure qualité de vie ». Vecteur Environnement, p. 17‑19.

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