Rapport sur l'état de l’eau et des écosystèmes aquatiques au Québec

Quelle est la situation et quelles sont les causes?

Les rivières et le fleuve Saint-Laurent

Une grande partie des cours d’eau du Québec, incluant le fleuve Saint-Laurent, a subi et subit encore des transformations majeures. Qu'elles soient réalisées pour améliorer le drainage des terres, pour ériger des infrastructures, pour se protéger des inondations et de l’érosion, pour assurer un approvisionnement en eau ou pour produire de l’électricité, ces transformations affectent souvent la dynamique naturelle des cours d’eau et altèrent ainsi leurs fonctions écologiques.

Des sites d’érosion sur les tributaires du Saint-Laurent

Peu de données permettent à ce jour de dresser un portrait exhaustif des sites d’érosion des affluents du Saint-Laurent. Toutefois, l’érosion des berges apparaît comme l’une des principales préoccupations mises en évidence par plusieurs organismes de bassins versants tributaires du Saint-Laurent. Par ailleurs, une étude menée sur cinq tributaires du Saint-Laurent a révélé la présence de processus actifs d’érosion, notamment sur certains tronçons des rivières Batiscan en Mauricie et Saint-François en Estrie où de 50 % à 60 % des berges en sont affectées1.

Bien que les données sur l’état des rives des tributaires soient insuffisantes pour en faire un portrait, des problèmes sont bien visibles. En effet, plusieurs municipalités doivent de plus en plus gérer les débordements de cours d’eau et réaliser des travaux de stabilisation de rives près d’infrastructures. La plupart des cas problématiques d’érosion connus résultent d’interventions ayant contraint les cours d’eau à évoluer dans un corridor façonné par les activités humaines plutôt que dans leur espace de liberté (figure 1). L’espace de liberté correspond à l’espace d’inondabilité et de mobilité du cours d’eau2. Il réfère ainsi à l’espace susceptible d’être inondé lors des crues de différentes magnitudes et à l’espace nécessaire au déplacement latéral du lit du cours d’eau en fonction de la dynamique naturelle d’érosion et de sédimentation. L’espace de liberté comprend également les milieux humides riverains2.

Figure 1. Espace de liberté d’un cours d’eauadaptée de 3

Les rives et les îles du fleuve s’effritent

Entre Cornwall et Montmagny, 680 km de rives sur les 1600 km que compte ce tronçon du Saint-Laurent, incluant les milieux insulaires, ont été artificialisées au fil des années4. Dès lors, 920 km de rives sont encore naturelles. Toutefois, seulement 480 km seraient encore stables alors que 440 km subiraient de l’érosion4.

Photo 1. Érosion des rives des îles de la Paix (Richard Boursier, Société d’aménagement du Parc des Îles-de-la-Paix)

Les îles du tronçon fluvial sont particulièrement exposées à l’érosion (photo 1). Une étude a notamment porté sur les îles comprises entre Montréal et le lac Saint-Pierre, incluant les îles de la Paix (carte 1). L’analyse de données historiques a révélé que sur les 412 km de ces rives insulaires, 250 km subissaient de l'érosion entre 1964 et 19835. Selon le recul annuel maximum des rives mesuré entre 1998 et 2002, quelque 15,5 km de ces rives insulaires, de grande valeur écologique, étaient particulièrement menacées par l’érosion5. La Grande île (île des Faubert) aux îles de la Paix, l’île des Barques dans l’archipel de Berthier-Sorel et l’île Duval dans l’archipel de Contrecœur affichaient des taux de recul maximum moyen de 3 m/an et même près de 5 m/an entre 1998 et 2002.


Carte 1. Localisation des îles du secteur fluvial du Saint-Laurent

Pour l’île des Barques, des suivis entre 2005 et 2007 ont même révélé un recul moyen des berges de 15 m/an, dans la partie nord-est de l’île4. Les vagues produites par les vents seraient en grande partie responsables de cette situation. Le passage des navires serait aussi une cause importante. Des études montrent que la vitesse des courants à proximité des rives grimpe de 20 cm/s à près de 100 cm/s à la suite du passage de navires4. En plus de causer une augmentation de la vitesse du courant, les navires génèrent des vagues dont l’effet est particulièrement marqué en amont du lac Saint-Pierre en raison de la proximité du chenal de navigation. L’île des Barques en particulier est située à seulement 280 m de celui-ci4.

De manière générale, l’érosion des berges de la partie d’eau douce du Saint-Laurent est naturelle, associée surtout aux variations des niveaux d’eau, mais accentuée par l’action humaine, comme le passage des navires commerciaux ou le déboisement des rives4. Avec les changements climatiques, d’importantes variations des niveaux d’eau pourraient survenir. La fluctuation des niveaux d’eau, principale cause naturelle de l’érosion des berges, créera une alternance entre périodes de faible et de fort taux d’érosion pouvant avoir des effets marqués dans le Saint-Laurent4.

Références

1 – ROY, A., et C. BOYER. 2011. « Impact des changements environnementaux sur les tributaires du Saint-Laurent ». Colloque en agroclimatologie du CRAAQ, 9 mars 2011. [En ligne]. [http://www.agrireseau.qc.ca/agroenvironnement/documents/Roy_A.pdf].

2 – BIRON, P., T. BUFFIN-BÉLANGER, M. LAROCQUE, S. DEMERS, T. OLSEN, M.‑A. OUELLET, G. CHONÉ, C.‑A. CLOUTIER et M. NEEDELMAN. 2013. Espace de liberté : un cadre de gestion intégrée pour la conservation des cours d’eau dans un contexte de changements climatiques. Université Concordia et Ouranos, 167 p. [En ligne]. [http://www.ouranos.ca/media/publication/299_RapportBironetal2013.pdf].

3 – SYNDICAT MIXTE D'ÉTUDES ET DE TRAVAUX POUR L'AMÉNAGEMENT ET LA PROTECTION DE LA RIVIÈRE DORDOGNE. « Lit mineur et lit majeur, définition et législation ». [En ligne]. [http://www.espace-riviere.org/site/ens_juri.html]. Page consultée le 5 février 2014.

4 – RICHARD, L.‑F. 2010. L’érosion des berges en eau douce. Fiche issue du « Programme de suivi de l’état du Saint-Laurent ». Gouvernement du Canada et gouvernement du Québec, 8 p. [En ligne]. [http://planstlaurent.qc.ca/fileadmin/site_documents/documents/PDFs_accessibles/Erosion_2010_f_FINAL_v1.0.pdf].

5 – DAUPHIN, D., et D. LEHOUX. 2004. Bilan de la sévérité de l’érosion dans le Saint-Laurent dulcicole (Montéral – archipel de Berthier-Sorel, incluant les îles de la Paix) et stratégies de protection recommandées pour les rives à plus grande valeur biologique. Environnement Canada, Service canadien de la faune, 232 p. et 3 annexes. [En ligne]. [http://bibvir2.uqac.ca/archivage/24185988.pdf]

En savoir plus

 Références

1 – ROY, A., et C. BOYER. 2011. « Impact des changements environnementaux sur les tributaires du Saint-Laurent ». Colloque en agroclimatologie du CRAAQ, 9 mars 2011. [En ligne]. [http://www.agrireseau.qc.ca/agroenvironnement/documents/Roy_A.pdf].

2 – BIRON, P., T. BUFFIN-BÉLANGER, M. LAROCQUE, S. DEMERS, T. OLSEN, M.‑A. OUELLET, G. CHONÉ, C.‑A. CLOUTIER et M. NEEDELMAN. 2013. Espace de liberté : un cadre de gestion intégrée pour la conservation des cours d’eau dans un contexte de changements climatiques. Université Concordia et Ouranos, 167 p. [En ligne]. [http://www.ouranos.ca/media/publication/299_RapportBironetal2013.pdf].

3 – SYNDICAT MIXTE D'ÉTUDES ET DE TRAVAUX POUR L'AMÉNAGEMENT ET LA PROTECTION DE LA RIVIÈRE DORDOGNE. « Lit mineur et lit majeur, définition et législation ». [En ligne]. [http://www.espace-riviere.org/site/ens_juri.html]. Page consultée le 5 février 2014.

4 – RICHARD, L.‑F. 2010. L’érosion des berges en eau douce. Fiche issue du « Programme de suivi de l’état du Saint-Laurent ». Gouvernement du Canada et gouvernement du Québec, 8 p. [En ligne]. [http://planstlaurent.qc.ca/fileadmin/site_documents/documents/PDFs_accessibles/Erosion_2010_f_FINAL_v1.0.pdf].

5 – DAUPHIN, D., et D. LEHOUX. 2004. Bilan de la sévérité de l’érosion dans le Saint-Laurent dulcicole (Montéral – archipel de Berthier-Sorel, incluant les îles de la Paix) et stratégies de protection recommandées pour les rives à plus grande valeur biologique. Environnement Canada, Service canadien de la faune, 232 p. et 3 annexes. [En ligne]. [http://bibvir2.uqac.ca/archivage/24185988.pdf]

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