Rapport sur l'état de l’eau et des écosystèmes aquatiques au Québec

En conclusion

La production du Rapport sur l’état de l’eau et des écosystèmes aquatiques au Québec est un projet d’envergure gouvernementale effectué dans un contexte de partenariat interministériel, sous la responsabilité du ministère du Développement durable, de l'Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MDDELCC). Il vise à dresser un portrait général de la situation et ainsi favoriser une meilleure vue d’ensemble des enjeux et défis auxquels la population et le gouvernement du Québec font face.

Ce rapport constitue le premier bilan couvrant l’ensemble du territoire québécois et abordant dans un même document tous les éléments reliés à l’eau et aux écosystèmes aquatiques. Dans la mesure du possible, les liens entre les diverses pressions qui s’exercent sur l’eau et les écosystèmes aquatiques, l’état de santé de ces milieux et le bien-être de la population qui en résulte sont présentés. Le rapport fait également état des principales actions mises en œuvre par le gouvernement pour faire face aux problématiques actuelles et futures.

La production de ce rapport repose sur la recherche d’informations existantes et accessibles au moment de la rédaction des textes ainsi que sur la consultation d’experts dans les différents domaines concernés. Les informations recueillies ciblent principalement le Québec méridional, étant donné que la majeure partie des suivis de l’état de l’eau et des écosystèmes aquatiques concerne cette portion du territoire. Ces informations ont permis de dégager des constats généraux, lesquels sont résumés dans les paragraphes suivants.

La santé des écosystèmes aquatiques et des milieux humides

Les écosystèmes aquatiques et les milieux humides possèdent des caractéristiques physiques, chimiques et biologiques, influencées notamment par le relief, le type de roche ou de sol, de même que par les conditions climatiques et la végétation présente sur le territoire. Toutefois, l’humain et la façon dont il occupe et utilise le territoire sont susceptibles d’avoir un impact sur ces écosystèmes. Ainsi, les lacs, les rivières, le fleuve Saint-Laurent, les milieux humides et, dans une moindre mesure, les nappes d’eau souterraine subissent aujourd’hui de nombreuses pressions ou stress associés aux activités humaines et aux changements climatiques. Ces pressions amènent des modifications de l’état de ces écosystèmes et réduisent dans certains cas la capacité de ces milieux à maintenir leurs fonctions écologiques et les services qu’ils offrent à la population.

Raymonde Pomerleau, MFFP

Les lacs

Les conditions d’acidité de la majorité des lacs étudiés dans le cadre d’un programme de suivi se sont améliorées entre 1990 et 2010. Cette situation est attribuable à la mise sur pied, dès les années 1980 et 1990, de divers programmes de réduction de rejets atmosphériques nord-américains. Malgré tout, plusieurs lacs demeurent toujours vulnérables aux apports acides.

Par ailleurs, les trois quarts des lacs situés dans la portion sud du territoire et faisant l’objet d’un suivi présentent peu de signes d’eutrophisation, c’est-à-dire qu’ils sont peu riches en matières nutritives comme le phosphore. En revanche, le quart restant montre des signes d’eutrophisation plus avancée liée soit à des processus naturels, soit aux activités humaines. La qualité de l’eau de plusieurs lacs situés dans des bassins versants à forte présence humaine s’est d’ailleurs dégradée. Entre 2007 et 2012, 413 plans d’eau, dont 388 lacs ou réservoirs, ont fait l’objet d’un signalement et étaient effectivement touchés par des fleurs d’eau d’algues bleu-vert, le plus grand nombre de lacs touchés se trouvant dans des régions très prisées pour la villégiature, à savoir les Laurentides, Lanaudière, l’Outaouais et l’Estrie. Le principal facteur responsable de ces fleurs d’eau serait l’enrichissement des lacs en phosphore.

Parmi les poissons d’intérêt sportif présents dans les lacs, dont le doré jaune, l’omble de fontaine et le touladi, plusieurs montrent, à des degrés divers, des signes de déclin ou de lent rétablissement en raison d’une surexploitation ou d’une dégradation de leur habitat. En ce qui concerne la sauvagine, la situation est similaire pour le garrot d’Islande, dont les effectifs diminuent depuis le début des années 2000. Toutefois, l’état des populations des autres espèces de sauvagine associées aux lacs est stable ou en croissance.

Les rivières et le fleuve Saint-Laurent

Les scénarios de projection climatique à l’horizon 2050 indiquent que les crues printanières en rivière seront fort probablement plus hâtives. Leur volume devrait diminuer légèrement au sud de la province. À l’été et à l’automne, les débits de crues pourraient par contre augmenter. Quant aux étiages estivaux, ils seront fort probablement plus sévères et plus longs. Finalement, toujours selon les projections, le débit annuel moyen des rivières demeurerait globalement stable au sud du Québec alors qu’il augmenterait dans la portion nord.

La qualité générale de l’eau des rivières et du fleuve Saint-Laurent était bonne ou satisfaisante en 2009‑2011. Les efforts d’assainissement des eaux usées municipales et industrielles de même que l’adoption de bonnes pratiques agricoles et forestières ont permis d’améliorer la qualité de l’eau au Québec depuis les années 1980. Néanmoins, à certains endroits, la qualité de l’eau de surface demeure préoccupante.

  • En rivière, les secteurs les plus dégradés sont localisés dans des territoires où la densité de population ou les activités agricoles sont importantes, soit dans les basses terres du Saint-Laurent ainsi que dans la plaine du lac Saint-Jean. De plus, les suivis des communautés benthiques effectués démontrent une faible diversité biologique ou une augmentation d’espèces tolérantes à la pollution dans les bassins versants à forte vocation agricole et dans les zones urbanisées;
  • Dans le Saint-Laurent, la qualité de l’eau est mauvaise dans le centre du fleuve et le long de la rive nord, entre Montréal et le lac Saint-Pierre, en raison principalement des stations d’épuration de Montréal, Longueuil et Repentigny qui rejettent des eaux non désinfectées. Parmi les communautés benthiques ayant fait l’objet de suivis dans ce secteur, une nette diminution du nombre d’espèces et un accroissement des espèces tolérantes à la pollution sont relevés, traduisant aussi une dégradation de la qualité de l’eau dans ce secteur.

En outre, la présence simultanée de plusieurs pesticides est observée dans les cours d’eau à forte vocation agricole, notamment à proximité des cultures de maïs, des cultures de soya et des cultures maraîchères. Dans plusieurs cours d’eau situés près des cultures de maïs et de soya, les concentrations de pesticides dépassent les critères établis pour la protection des espèces aquatiques dans 4 à 24 % des échantillons prélevés. Des pesticides sont également détectés, quoiqu’en plus faibles concentrations, à l’embouchure des tributaires du lac Saint-Pierre et dans le fleuve Saint-Laurent, à la hauteur de Québec.

Les concentrations en métaux mesurées dans les rivières et le fleuve ne sont pas préoccupantes, sauf dans les régions minières. Des contaminants émergents ou d’intérêt émergent ont été détectés dans le fleuve Saint-Laurent et ses tributaires au cours des dernières années. Ces produits chimiques sont parfois trouvés en concentrations préoccupantes dans les cours d’eau.

Sur la portion fluviale du Saint-Laurent, 30 % des rives seraient naturelles et stables, le reste étant en érosion ou artificialisé. Les îles sont particulièrement sensibles à l’action des vagues et la fluctuation des niveaux d’eau du fleuve. Les processus d’érosion pourraient s’accentuer sous l’effet des changements climatiques.

La situation des populations de moules d’eau douce, espèces indicatrices de la qualité des écosystèmes, est préoccupante. En effet, sur les 21 espèces répertoriées, 8 sont susceptibles d’être désignées menacées ou vulnérables. Les principales causes de déclin de ces espèces sont la perte et la dégradation d’habitats, la présence de la moule zébrée et de la moule quagga, deux espèces exotiques envahissantes, ainsi que la diminution des poissons-hôtes sur lesquels les moules se fixent durant leur stade larvaire.

Plusieurs espèces de poissons fréquentant les rivières du Québec présentent, à des degrés variables, des signes de déclin, dont l’omble de fontaine, qui subirait les effets d’une surexploitation, et le saumon atlantique, dont la survie serait grandement affectée par les changements observés dans l’écosystème marin. Quant à l’état de santé des communautés de poissons d’eau douce et diadromes du fleuve Saint-Laurent, il est généralement faible à moyen. Cet état est toutefois très variable selon les secteurs étudiés. Des améliorations sont observées dans des secteurs comme sur la rive nord du lac Saint-Louis. En revanche, des signes importants de dégradation sont constatés dans les communautés de poissons de la rive sud du lac Saint-Pierre, comme la perchaude ou le doré jaune. Selon l’espèce, ce constat est attribué à une combinaison de différents facteurs tels que la détérioration de la qualité des habitats, la surpêche, la prolifération d’espèces exotiques envahissantes et la prédation. D’autres espèces comme le bar rayé et, dans une moindre mesure, l’esturgeon jaune montrent des signes de rétablissement depuis la mise en place de mesures de gestion.

Parmi les espèces clés d’oiseaux aquatiques qui côtoient les eaux des rivières et du fleuve Saint-Laurent, soit pour y nicher, soit lors de leur migration, plusieurs croissent en effectif, dont le cormoran à aigrette et plusieurs espèces de sauvagine. D’autres espèces voient leur population demeurer relativement stable, comme le grand héron, ou se rétablir tranquillement tel l’arlequin plongeur.

L’estuaire et le golfe du Saint-Laurent

Les niveaux d’eau de l’estuaire et du golfe du Saint-Laurent s’élèvent graduellement de quelques millimètres par année sous l’effet des variations des conditions climatiques. L’ampleur observée de cette hausse est plus importante dans la partie sud du golfe, aux îles de la Madeleine et dans la baie des Chaleurs. Dans certains cas, cette hausse graduelle du niveau de la mer, conjuguée à des grandes marées, des vagues de tempêtes et des basses pressions atmosphériques, peut déclencher une élévation très rapide et parfois extrême des niveaux d’eau. Cette élévation peut entraîner une submersion des zones côtières. Ces niveaux d’eau extrêmes deviendraient plus fréquents avec la hausse graduelle attendue du niveau de la mer.

Par ailleurs, la qualité des eaux profondes de l’estuaire et du golfe du Saint-Laurent se dégrade. Ces eaux s’appauvrissent en oxygène et s’acidifient. Le changement dans les apports des courants océaniques, les émissions de CO2 atmosphérique et les apports en nutriments expliqueraient ces phénomènes.

Sur les quelque 4 500 km de côtes situées dans l’estuaire et le golfe du Saint-Laurent, plus de 50 % sont en érosion. Le rythme d’érosion aurait tendance à s’accélérer depuis le milieu des années 1990 sous l’effet conjugué de fortes tempêtes, de la réduction du couvert de glace et des processus de gel-dégel. Les scénarios climatiques envisagés prévoient à certains endroits une accélération du phénomène.

Enfin, plusieurs populations d’espèces d’oiseaux marins ainsi que près de la moitié des mammifères marins qui cohabitent dans l’estuaire et le golfe du Saint-Laurent voient leurs effectifs décroître. Pour les oiseaux, ce déclin serait attribuable, selon le cas, à la compétition entre espèces et à la dégradation des écosystèmes où évoluent ces espèces. Pour les mammifères, les chasses abusives passées et des conditions environnementales défavorables figurent parmi les facteurs responsables de l’effondrement des populations.

Les milieux humides

Dans les basses terres du Saint-Laurent, 19 % de la superficie totale des milieux humides auraient été perturbés ou perdus entre 1990 et 2011. Les plus grandes superficies perturbées couvrent les régions du Centre-du-Québec et de la Montérégie. Les principales sources de perturbations sont associées aux activités agricoles et forestières qui sont responsables de ce bilan. Par ailleurs, dans la partie nord du Québec, même si l’empreinte humaine est limitée au regard de l’immensité de ce vaste territoire, les milieux humides subissent des pertes et des perturbations surtout associées à la production d’hydroélectricité et aux activités forestières. Par ailleurs, les effets des changements climatiques sur les milieux humides deviennent nettement perceptibles tant au nord qu’au sud du Québec.

Parmi les plantes vasculaires de milieux humides, 138 espèces sont considérées en situation précaire. Les menaces directes que subissent ces espèces floristiques sont liées à la destruction, la dégradation et la fragmentation des habitats ainsi qu’à la propagation d’espèces exotiques envahissantes. De plus, près de la moitié des populations d’amphibiens, de tortues et de serpents ainsi que certaines populations d’oiseaux associées aux milieux humides, comme le râle jaune et le petit blongios, sont en situation précaire. Leur déclin est vraisemblablement lié à la perte de superficies de milieux humides.

Les nappes d’eau souterraine

Bien que l’eau souterraine soit généralement abondante, elle est répartie inégalement sur l’ensemble du territoire québécois. Cette répartition est liée aux capacités des formations géologiques à favoriser l’infiltration et la circulation de l’eau. Les volumes d’eau contenus dans les nappes d’eau souterraine sont influencés par la distribution temporelle et la quantité des précipitations qui s’infiltrent dans le sol, mais également par les formations géologiques.

En général, la qualité de l’eau souterraine est bonne d’un point de vue physicochimique. Des dépassements des normes établies pour l’eau potable s’observent de façon sporadique pour les fluorures, le baryum et l’arsenic. En revanche, les critères esthétiques de qualité de l’eau, c’est-à-dire relatifs au goût, à l’odeur ou à la couleur de l’eau, sont fréquemment dépassés, en particulier pour le manganèse et le fer. La grande majorité des dépassements des normes de qualité de l’eau potable et des critères esthétiques relève d’une contamination naturelle des eaux souterraines. De plus, dans certains bassins versants à vocation agricole, les études ont révélé que les activités humaines avaient un impact sur cette ressource en eau.

La qualité de vie de la population

La conservation d’écosystèmes en bonne santé, c’est-à-dire d’écosystèmes aptes à maintenir leurs fonctions écologiques, est à la base du bien-être humain. Ces écosystèmes nous procurent en effet de nombreux services dits écologiques, tous les jours, gratuitement et sans que l’on s’en rende compte. Ils permettent par exemple de contrôler les inondations ou fournissent des ressources qui répondent aux besoins des populations en matière de nourriture et de santé. Cette capacité à fournir ces services écologiques dépend de l’état de santé des écosystèmes et de leur résilience, c’est-à-dire de leur aptitude à se rétablir à la suite d’une perturbation. Or, aujourd’hui, les écosystèmes aquatiques et humides font face à de nombreuses perturbations associées aux activités humaines et aux changements climatiques. Par conséquent, notre santé, notre sécurité, notre mode de vie et même notre économie sont susceptibles d’être directement touchés par la dégradation de ces milieux.

Geneviève Brunet, MFFP

L’approvisionnement en eau

Les Québécois ont accès, la grande majorité du temps, à des volumes d’eau suffisants pour s’alimenter en eau potable. Malgré tout, en période de sécheresse sévère, des problèmes locaux et souvent temporaires d’approvisionnement en eau surviennent. Certaines municipalités connaissent en outre des difficultés d’approvisionnement en eau de qualité qui perdurent pendant plusieurs mois, voire plusieurs années. Le coût élevé de production d’eau potable à partir d’eau de surface de mauvaise qualité oblige ces municipalités à se tourner vers des sources d’eau souterraine ou à établir des ententes avec des municipalités voisines. Par ailleurs, la surconsommation d’eau ainsi que les pertes et fuites des réseaux de distribution placent toujours les Québécois parmi les plus grands consommateurs d’eau potable au monde.

Au Québec, 86 % de la population est alimentée en eau potable par un réseau municipal ou privé. L’eau ainsi distribuée respecte à plus de 99 % les quelque 80 normes de qualité de l’eau potable. Pour les 14 % de la population alimentée par des installations individuelles de captage des eaux, il est plus difficile de tracer un portrait de la qualité de l’eau puisque la responsabilité du suivi de cette qualité incombe à chaque propriétaire.

Les activités aquatiques récréatives

La qualité bactériologique de l’eau permet assez souvent la pratique de la baignade, de la planche à voile ou du ski nautique dans plusieurs rivières et sur différents secteurs du fleuve Saint-Laurent. L’eau des plages faisant l’objet d’un contrôle de salubrité et situées principalement en lac est la plupart du temps de qualité excellente à bonne pour la baignade. Dans le fleuve, en revanche, l’absence de désinfection des eaux usées dans les stations d’épuration de Montréal, Longueuil et Repentigny et les débordements des réseaux d’égout constituent les principaux facteurs responsables de la dégradation de la qualité bactériologique de l’eau sur les sites potentiels de baignade. Si les effets d’une contamination bactériologique sur la santé d’une personne sont généralement connus, leur ampleur est peu documentée, car les cas sont rarement rapportés aux responsables de la santé publique.

Chaque année, plusieurs plans d’eau sont touchés par des fleurs d’algues bleu-vert, notamment dans les régions très prisées pour la villégiature. Outre les effets potentiels sur la santé, leur présence peut engendrer des impacts socioéconomiques liés à un intérêt réduit pour la pratique d’activités récréatives et à la perte de revenus potentiels. Cependant, peu d’avis de restriction d’usages récréatifs ont été émis entre 2007 et 2012 parmi les sites visités après des signalements de fleurs d’algues bleu-vert dans les lacs. En 2014, les avis de restriction ont été remplacés par des recommandations générales pour la santé, jugées suffisantes par les autorités gouvernementales pour protéger la santé publique.

Parmi les espèces de poissons les plus prisées pour la pêche récréative et dont les populations sont en déclin ou en lent rétablissement, des restrictions limitant ou interdisant l’activité ont été adoptées. C’est le cas de la perchaude pour laquelle un moratoire a été décrété en 2012 entre le lac Saint-Pierre et l’aval de Trois-Rivières. Ces mesures ont des conséquences non seulement sur les habitudes de pêche, mais engendrent par ailleurs des pertes économiques pour les entreprises de service qui œuvrent dans ce domaine.

Enfin, la chasse sportive de la sauvagine, et en particulier de la bernache du Canada, de l’oie des neiges et du canard colvert, se porte bien, d’autant plus que les populations de ces espèces sont en forte augmentation et que le nombre de chasseurs diminue depuis plus de 30 ans. Pour d’autres espèces, en revanche, tels le garrot d’Islande ou l’arlequin plongeur, les fortes baisses du nombre d’individus enregistrées ont entraîné des limites de prises.

Les activités commerciales sur le Saint-Laurent

Les bas niveaux d’eau influencent la navigation commerciale sur le fleuve Saint-Laurent, obligeant à limiter la charge de transport des navires et à augmenter le nombre de voyages. Les ports québécois situés en amont du lac Saint-Pierre et fréquentés par les navires à fort tirant d’eau sont plus particulièrement sensibles à ces bas niveaux d’eau. Ces contraintes de navigation risquent de s’aggraver avec les scénarios climatiques appréhendés, accentuant ainsi les pertes économiques pour l’industrie du transport maritime, lesquelles se répercuteraient sur le prix des marchandises. En contrepartie, le réchauffement des températures, en allongeant la saison de navigation en eaux libres sur le fleuve Saint-Laurent et dans le golfe, pourrait être économiquement favorable.

Même si les populations de phoques du Groenland ont fortement augmenté depuis les années 1960 et 1970, l’intérêt de la chasse commerciale pour cette espèce a fortement diminué depuis 2008 en raison de conditions climatiques difficiles pour la pratique de cette activité et d’un marché économiquement défavorable. En conséquence, le nombre de chasseurs actifs au Québec a également diminué.

Les collectivités riveraines et côtières du Saint-Laurent dont les activités économiques sont principalement axées sur la pêche commerciale ont été durement touchées par les moratoires successivement décrétés depuis les années 1990. Les programmes de retrait volontaire et de rachat de permis de pêche lancés par les pêcheurs et appuyés par le gouvernement du Québec ont toutefois permis d’atténuer les impacts de ces moratoires au cours des dernières années. Aujourd’hui, ces collectivités diversifient leurs activités. Dans le golfe, par exemple, la pêche commerciale autrefois axée sur les poissons de fond, comme la morue et le sébaste, se concentre maintenant sur des espèces comme le crabe des neiges, la crevette et le homard.

L’occupation des rives et des côtes

Plusieurs communautés établies en bordure de cours d’eau ou du fleuve Saint-Laurent sont vulnérables aux inondations et aux submersions, d’autant plus que la fréquence de ces événements semble augmenter depuis le début des années 2000. Par ailleurs, l’accélération du recul des côtes de l’estuaire et du golfe du Saint-Laurent a conduit certaines municipalités, notamment sur la Côte-Nord, à restreindre l’aménagement et le développement sur les zones soumises à un risque d’érosion ou de glissement de terrain. La perte graduelle de plages et de marais côtiers a également eu des conséquences négatives sur la pratique d’activités comme la baignade, la pêche, la récolte de mollusques ou la chasse à la sauvagine.

Bien que naturels, les phénomènes d’inondation, de submersion et de recul côtier ont des répercussions sur la santé des personnes ainsi que sur leur sécurité. Ils représentent aussi une menace pour les biens matériels, engendrant des pertes économiques et des coûts accrus pour les particuliers et la société. La fréquence et l’intensité de ces événements risquent de s’accroître avec les changements climatiques anticipés.

Les actions gouvernementales

À l’instar de plusieurs pays, le Québec a convenu de gérer l’eau et les écosystèmes aquatiques de façon intégrée. Ainsi, des efforts importants sont déployés pour acquérir de nouvelles connaissances dans divers domaines, que ce soit pour apprécier la dynamique des cours d’eau, localiser et caractériser les milieux humides ou identifier et décrire les nappes d’eau souterraine. D’autres engagements visent à assurer le suivi de l’état des écosystèmes pour, entre autres, évaluer la qualité de l’eau de surface ou étudier l’évolution des espèces exploitées ou en situation précaire associées aux écosystèmes aquatiques et humides. L’objectif des projets d’acquisition de connaissance et des programmes de suivi est de prédire et d’atténuer les situations problématiques et, ultimement, de faciliter la prise de décision.

Afin d’assurer une quantité suffisante d’eau pour alimenter la population et assurer la santé des écosystèmes aquatiques, des mesures de conservation et d’utilisation efficace de la ressource sont mises en place. Ces dernières visent entre autres à gérer de manière optimale les prélèvements d’eau et à réduire la consommation d’eau potable. Des efforts concrets sont déployés en ce sens par les industries et les municipalités, notamment par la réutilisation des eaux prélevées et par des mesures d’économies d’eau potable. De plus, différentes actions sont mises de l’avant pour cerner les risques associés aux inondations et aux submersions, minimiser les impacts socioéconomiques et assurer au bout du compte la santé et la sécurité des populations riveraines et côtières.

Protéger la qualité de l’eau des lacs, des cours d’eau et des nappes d’eau souterraine, tout en garantissant à la population une eau de qualité pour s’alimenter et s’adonner à des activités aquatiques sécuritaires, est une priorité pour le gouvernement. Ainsi, au fil des années, des efforts ont été entrepris pour prévenir la pollution de l’eau et ont mené à plusieurs travaux d’assainissement des eaux usées municipales et industrielles et à un contrôle accru des eaux usées d’habitations ou de bâtiments non raccordés à un réseau d’égout. La gestion optimale des eaux de ruissellement en milieu urbanisé et l’implantation de bonnes pratiques en milieu agricole sont en outre encouragées afin de limiter, entre autres, la contamination des cours d’eau par les matières en suspension et le phosphore.

Devant les risques d’érosion des milieux riverains et côtiers, les actions gouvernementales mises en place visent à diminuer la vulnérabilité des communautés et à assurer la sécurité, la santé et le bien-être socioéconomiques de la population. Elles s’articulent autour de mesures préventives qui ciblent l’appréciation du risque en déterminant les zones de contraintes liées à l’érosion et des mesures de protection et d’adaptation en aménagement du territoire.

Protéger, restaurer, aménager et mettre en valeur, de manière durable, la diversité génétique, la diversité des espèces et la diversité des écosystèmes constituent l’essence des actions entreprises au Québec pour conserver la biodiversité sur son territoire. Parmi les moyens mis en œuvre pour assurer la protection des écosystèmes aquatiques et humides figurent la création d’aires protégées, la sauvegarde des espèces floristiques et fauniques menacées ou vulnérables et de leurs habitats, l’application de mécanismes d’autorisation et d’encadrement des activités humaines réalisées dans ces milieux ainsi que la lutte contre les espèces exotiques envahissantes. Par la réintroduction d’espèces et la restauration et l’aménagement d’habitats, le gouvernement vise à récupérer des services écologiques perdus ou réduits. De plus, l’exploitation des espèces fauniques pêchées, chassées, piégées ou cueillies à des fins commerciales ou récréatives fait l’objet de diverses actions qui visent une gestion durable des espèces.

Mike Campbell, MDDELCC

Afin de lutter contre les changements climatiques et de préparer la population québécoise aux changements appréhendés, le gouvernement du Québec s’est doté pour 2013-2020 d’un Plan d’action pour lutter contre les changements climatiques et d’une Stratégie gouvernementale d’adaptation aux changements climatiques. Différentes mesures sont ainsi établies pour favoriser la conservation et la protection des ressources hydriques ainsi que la résilience des écosystèmes et des espèces associées.

Enfin, l’information et la sensibilisation du public demeurent des activités essentielles à la préservation de la ressource en eau et des écosystèmes.

De 2014 vers 2019

Le Rapport sur l’état de l’eau et des écosystèmes aquatiques au Québec soulève divers enjeux, notamment en matière de quantité d’eau, de qualité de l’eau, d’érosion riveraine et côtière ainsi que de biodiversité. Il fait également état des mesures actuellement mises en place par le gouvernement du Québec afin de maintenir des écosystèmes aquatiques en santé et d’assurer le bien-être de la population.

Ainsi, ce rapport constitue un intrant majeur aux travaux entrepris pour la mise à jour des orientations gouvernementales en matière de gestion intégrée des ressources en eau. En ayant une meilleure compréhension de la situation à l’égard de l’eau sur son territoire, le gouvernement s’assure d’orienter de manière plus efficace et efficiente les décisions collectives pour gérer cette ressource.

Enfin, la production de ce premier bilan global de l’état de l’eau et des écosystèmes aquatiques s’inscrit dans une démarche d’amélioration continue. Le bilan met en lumière certaines lacunes dans la disponibilité et l’accessibilité des données, des informations et des connaissances nécessaires à la gestion intégrée des ressources en eau. La détermination de ces lacunes favorisera la définition des besoins en matière d’acquisition, de partage et de diffusion des connaissances. Le présent rapport servira donc de point de référence pour les éditions à venir, dont la prochaine est prévue pour 2019.

Richard Bissonnette, MDDELCC